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CDG Express : une impérieuse et urgente nécessité

CDG ExpressAu moment où la France scrute son avenir à dix ans, s’interroge sur sa compétitivité et son attractivité, un paradoxe mérite une attention très particulière. Alors que l’Hexagone a accueilli l’an dernier 83 millions de touristes étrangers, confirmant son leadership mondial, les conditions d’accès à la capitale par son principal aéroport international, Paris-Charles-de-Gaulle, sont indignes d’une grande métropole : deux tiers des passagers sont acheminés par la route, contribuant à saturer l’autoroute A1; ceux qui optent pour le RER B (les Américains ayant bravé les recommandations de leur ambassade…) se heurtent aux réalités quotidiennes d’un mode de transport régional déjà saturé et non adapté aux passagers aériens. La comparaison avec Francfort, Zurich, Madrid, Bruxelles et autre Copenhague, peu flatteuse, devient même cruelle avec Londres : Heathrow Express est une ligne ferroviaire dédiée qui permet de gagner la capitale britannique en quinze minutes, dans des conditions de confort, de sécurité et de fiabilité reconnues par tous.

Ce défaut de liaison rapide et « sereine », que vise à pallier le projet CDG Express, est tout sauf anecdotique par temps de vive concurrence entre métropoles européennes : Londres accueille désormais autant de visiteurs étrangers que Paris et déploie d’énormes efforts, dans le prolongement des JO 2012, pour devenir la porte d’entrée de l’Europe pour les touristes des pays émergents. Dans le même temps, comme énoncé par Laurent Fabius lors des Assises du tourisme en juin dernier, la France a l’ambition d’attirer 5 % du milliard de nouveaux touristes annoncés d’ici à 2030, ce qui reviendrait à accueillir 130 millions de visiteurs par an (+60 %) à cet horizon et 100 millions dès 2020.

Alors que l’accès à Paris est déjà un casse-tête, cette perspective menace de tourner au cauchemar… Le péril est non seulement de décourager les visiteurs étrangers, mais tout autant de perturber le quotidien des Franciliens qui aspirent à des transports plus sereins, ainsi qu’à respirer un air allégé en particules fines : en 2013, les seuils de pollution ont été dépassés 1 jour sur 3 aux abords de l’A1, du fait des embouteillages aux portes de Paris. De ce point de vue, CDG Express n’est pas concurrent du projet de Grand Paris mais parfaitement complémentaire. Il contribuera à renforcer la part modale des transports collectifs et appuiera la force du projet d’Exposition universelle pour 2025.

La mise en oeuvre de CDG Express relève ainsi, à l’évidence, de l’urgence « logistique ». Quelques éléments d’évaluation permettent de se convaincre qu’il y va également d’une urgence économique et sociale : ?au plan macroéconomique, rappelons que le tourisme pèse en France 7 % du PIB et l’aéronautique 4 %, l’ensemble avoisinant les 3 millions d’emplois. CDG Express doit donc être au coeur d’un écosystème dont les gains ou pertes en performance représentent des enjeux se chiffrant en dizaines de milliers d’emplois et en milliards d’euros.

Aujourd’hui l’aéroport CDG crée, directement ou indirectement selon le Bipe, plus de 20 milliards d’euros de valeur ajoutée par an et soutient 250.000 emplois salariés. Chaque million de passagers transportés représente de l’ordre de 400 millions d’euros de valeur ajoutée et 4.500 emplois. Comme la plate-forme dispose d’une capacité d’accueil de 20 millions de passagers supplémentaires (pour 62 millions aujourd’hui), l’enjeu est donc de parvenir à valoriser un potentiel de 8 milliards d’euros de VA annuelle et de 90.000 emplois.

Cette dynamique économique est essentielle pour le nord de l’Ile-de-France : comme plus d’un tiers des salariés de CDG vivent en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-d’Oise, la perspective est de créer au moins 20.000 emplois dans des départements où le taux de chômage est le plus élevé d’Ile-de-France.

L’intérêt pour Paris n’appelle pas de longue démonstration. Tout million de visiteurs additionnels pourrait laisser de 300 à 400 millions de recettes supplémentaires dans les commerces, musées, hôtels…

En ces temps où la France se cherche un « second souffle » économique, peu de projets présentent – à un coût budgétaire nul, puisqu’il ne prévoit pas de subvention – un tel effet de levier sur le long terme et, en cas de non-réalisation, une telle nuisance…

CDG Express est un grand projet structurant dont l’urgence a été rappelée il y a peu par le Premier ministre. « Gagnant-gagnant »à la fois au plan économique, social et environnemental, il devrait être soutenu par tous, à l’abri de toute querelle partisane, et surtout mis en oeuvre au plus vite afin de redonner à Paris toutes ses chances d’être la vraie porte d’entrée du monde sur l’Europe.

Christian de Boissieu, Patrice Geoffron, Bertrand Jacquillat, Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré

 

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