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Ce que la culture apporte à l’économie

La culture fut à la peine avec le Covid-19, malgré des aides publiques importantes : 11,9 milliards d’euros durant la crise, 2 milliards dans le cadre du plan de relance, 600 millions à dégager sur le plan France 2030… La crise a mis au jour des difficultés structurelles et rendue nécessaire la refonte de notre politique culturelle. Dans une note pour le Conseil d’analyse économique nous proposons de consolider celle-ci en opérant quatre renversements.

Tout d’abord, alors qu’il est de bon ton de mettre en avant des retombées de la culture toujours difficiles à évaluer, nous proposons de prendre la mesure de l’apport de la culture à l’économie au travers de la confiance, du bien-être et de son effet positif sur la citoyenneté.

Corriger les déséquilibres entre les métropoles et le reste du pays

Parce que la relation entre l’effort des communes en la matière et ces éléments s’avère robuste (avec notamment une baisse du taux d’abstention, toutes choses égales par ailleurs, quand la commune accentue son effort en faveur de la culture), un plan « Territoires de la culture » qui redresse l’équilibre entre les dépenses culturelles à Paris et en Ile-de-France et celles du reste du pays est indispensable. On notera à cet égard que sur les 460 millions d’euros du plan de relance déjà dépensés, nous avons évalué à 38,40 euros par habitant l’effort consenti à Paris et en Ile-de-France contre 1,40 euro sur les autres communes recensées. Ce déséquilibre est contradictoire avec les ambitions du passe culture de voir l’accès des jeunes à la culture mieux assuré sur tout le territoire.

Deuxième point : on évoque souvent la nécessité de disposer de champions nationaux, et c’est indiscutable. Mais la culture, c’est aussi tout un tissu de PME. Nos données montrent que la situation financière des PME les plus fragiles avant la crise s’est détériorée plus encore que dans le reste de l’économie. Leur accompagnement (sortie du prêt garanti par l’État, notamment) demeure nécessaire.

Penser le numérique comme une chance

Troisièmement, le numérique est souvent pensé par le monde culturel comme une source de difficultés (moindre monétisation des œuvres, pratiques illicites, etc.). Nous montrons qu’il doit être pensé comme une chance. De ce point de vue, le monde culturel a besoin d’une véritable stratégie numérique faite d’une montée en compétences dans les administrations et les établissements culturels, d’une instance de médiation pour le respect des contrats, d’une politique ambitieuse de création s’appuyant sur l’outil numérique, etc.

Quatrièmement, alors que le soutien à la création prévaut de fait dans les aides à la culture, il faut opérer un rééquilibrage entre soutien à la création et incitation à une meilleure diffusion. Sans cela, c’est un véritable gâchis qui s’opère. Cela passe par un meilleur suivi du devenir des œuvres et du soutien aux artistes dans le moyen et le long terme.

Pour une plateforme européenne de la culture

Complémentaire de ces quatre renversements de perspective, nous analysons l’accentuation des pratiques culturelles numériques et de la plateformisation de la culture avec la crise. Mais une plateforme n’a de sens qu’au niveau européen. Ne tentons pas de recréer de toutes pièces ce qui existe déjà. Il faut d’urgence développer notre rayonnement au niveau européen, en partant des acquis d’Arte, plateforme franco-allemande mais déjà multilingue et coopérant avec nombre de pays membres de l’Union, en augmentant son budget, et en saisissant pour cela l’opportunité que représente la présidence française de l’Union.

 


 

Yann Algan est professeur d’économie à HEC, membre du Cercle des économistes.

Olivier Alexandre est sociologue chargé de recherche au CNRS.

Françoise Benhamou est économiste, professeure à l’Université Sorbonne Paris Nord, présidente du Cercle des économistes.

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