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Chypre n’est pas encore sauvée

chypre criseInterrogations. Chypre est parvenue à un accord avec ses créanciers internationaux pour sauver son secteur bancaire, et indirectement l’ensemble de son économie. Cet accord soulève toutefois une série de questions. L’accord intervenu est important car il sort le pays de la faillite et Nicosie va recevoir à partir du mois de mai les 10 milliards d’euros promis par l’Europe et le FMI. Il faudra auparavant intégralement restructurer le secteur bancaire. « Les pertes accumulées par le système bancaire chypriote l’ont rendu entièrement dépendant de la BCE. Or, le rôle de cette dernière n’est pas la survie des banques insolvables. Cette situation demandait une solution urgente  », analyse Jean PISANI-FERRY. La deuxième banque du pays (la Laïki) va être liquidée, l’impôt sur les sociétés va augmenter de 10 à 12%, il y aura des privatisations.

Taxe sur les dépôts. L’idée d’une taxe sur les dépôts est abandonnée. Selon l’économiste, « la protection des déposants est une pierre angulaire de la stabilité financière en ce sens où elle prévient les éventuelles paniques  ». S’il est possible, juridiquement, de taxer les sommes placées sur les comptes, l’explication auprès de l’opinion est capitale. Jusqu’à présent, les règles européennes garantissent tous les dépôts jusqu’à 100.000 euros. Or, regrette Jean PISANI-FERRY, « Chypre voulant ménager les gros clients a obtenu de l’Eurogroupe de s’en prendre aux sommes garanties. L’accord conclu avec les membres de la zone euro devenant, de fait, contestable  ». La principale préoccupation aujourd’hui pour Chypre est de devoir faire face à une éventuelle fuite de capitaux. Le Parlement chypriote a verrouillé le système en votant une loi qui instaure le contrôle des changes. « Un précédent en Europe. Cela n’a jamais existé », souligne le directeur de l’Institut Bruegel.

Leçon pour l’Europe. Bruxelles et l’Eurogroupe vont devoir rétablir la confiance des européens dans leur système bancaire, notamment sur la garantie des dépôts inférieurs à 100.000 euros. « Cette règle présentée comme intangible n’est valable que si l’Etat est solvable car c’est lui qui se porte garant de cet engament  », explique Jean PISANI-FERRY. Dans l’absolu, quelle que soit la solution retenue pour Chypre, « l’édifice monétaire européen sortira sérieusement affaibli » de cet épisode difficile. « On ne gère pas un espace monétaire comme on gère un marché. Il ne suffit pas de fixer les règles, il faut aussi faire des choix, assumer les décisions prises et les exécuter  » déclarait récemment le Directeur du think tank bruxellois au quotidien Le Monde. Le message ne peut être plus clair.

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