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Commerce : Europe et Etats-Unis, main dans la main

eu ue mainLe monde bouge. Européens et américains ont repris leurs discussions à Bruxelles pour aboutir à un vaste accord de libre échange commercial. La Commission négocie pour l’ensemble des pays membres. Côté américain, 50 hauts fonctionnaires ont fait le déplacement depuis Washington. Au programme : des sujets aussi divers que l’investissement, les services et l’énergie. L’un des objectifs est de réagir à la poussée de l’Asie. « Le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers cette région du monde, et avec lui le centre de gravité du commerce international. Il y a une tendance naturelle à ce que Etats-Unis et Europe commercent de moins en moins entre eux et de plus en plus avec l’Asie en général et la Chine en particulier  », analyse Lionel FONTAGNE. Bruxelles et Washington estiment nécessaire de travailler main dans la main pour résister à l’ogre asiatique.

Intérêts bien sentis. Renforcer les liens historiques pour compter dans le concert international. Il faut le faire maintenant, ne plus attendre. Selon Lionel FONTAGNE, les américains y voient leur intérêt géographique. Il leur faut « rééquilibrer la croissance américaine vers la côte Est et cela ne peut se faire qu’en renforçant les liens commerciaux avec l’Union européenne  ». En particulier dans des secteurs comme l’automobile ou la chimie. Pour ce qui est de l’international, « c’est aussi une façon de montrer à la Chine que l’on peut s’organiser sans elle dans des domaines qui comptent beaucoup », souligne l’économiste. Histoire de reprendre la main dans les évolutions, en cours et attendus, du commerce mondial.

Protection « derrière la frontière ». Il n’est plus question de fiscalité ou de taxes douanières mais de règlementation. Sujet ultra-sensible car chacun a ses thèmes qui fâchent. « Sur les OGM et le veau aux hormones, on sait qu’un accord bilatéral ne permettra pas de gagner plus que ce qui a été obtenu devant l’OMC  », remarque Lionel FONTAGNE pour qui il s’agit désormais de « se concentrer sur la manière dont on peut certifier en Europe des produits ou services répondant aux normes américaines ». Et vice-versa : comment convaincre les américains de certifier leurs produits à nos conditions. L’économiste reconnaît que, dans plein de domaines, la partie est loin d’être gagnée. L’autre objectif poursuivi est de ne pas heurter les opinions dont la perception des risques est différente.

Bénéfice interne pour l’Europe. C’est peut-être le paradoxe de ces négociations et, sans le dire, c’est ce qu’attend Bruxelles : « les discussions poussées avec les américains vont faire apparaître la nécessité de nous mettre nous mêmes d’accord. Avancer sur le terrain réglementaire avec les Etats-Unis – dans le secteur des services par exemple – va contraindre les pays européens à aller plus loin dans l’harmonisation  » au sein même du Vieux continent. Un marché commun des services ou dans d’autres champs d’activité sera beaucoup plus efficace et sécurisant que 27 ou 28 marchés intérieurs différents. Il y va de l’emploi et de la compétitivité.

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