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Coûts et bénéfices

Des élèves de l'internat d'excellence de Sourdun

Des élèves de l’internat d’excellence de Sourdun

Je voudrais revenir sur une étude de l’Institut des politiques publiques publiée la semaine dernière sur l’efficacité de l’internat d’excellence de Sourdun, en Seine et Marne. Depuis 2009, Sourdun accueille des élèves de milieu défavorisé aux niveaux collège et lycée. L’Etat y dépense environ deux fois plus par élève que dans un établissement classique, d’abord parce qu’il s’agit d’un internat, mais aussi parce que les classes y sont plus petites qu’ailleurs (en moyenne 19 élèves par classe). Il était donc légitime de s’interroger sur l’efficacité du dispositif, d’autant qu’il existe 45 internats de ce type en France.

Une difficulté classique lorsqu’on cherche à évaluer une politique publique est que les bénéficiaires ne sont généralement pas pris au hasard. On s’attend à ce que les assurés qui fréquentent l’hôpital soient en moins bonne santé que les autres, que les bénéficiaires du RSA soient plus éloignés de l’emploi que la moyenne des chômeurs, etc. L’internat d’excellence ne fait pas exception. Pour y être admis, il faut candidater, ce qui suppose d’emblée une forte motivation. Les résultats scolaires risquent donc d’être meilleurs du seul fait de cette motivation. Or dans le cas de Sourdun, le nombre d’élèves sélectionnés excède le nombre de places, et les élèves finalement admis sont tirés au sort. Les chercheurs ont ainsi pu travailler de manière rigoureuse, en comparant les résultats des élèves de Sourdun à ceux qui avaient été sélectionnés sans avoir la chance d’être tirés au sort. Par construction, les deux groupes sont donc comparables en terme de motivation initiale. Dans les deux cas, il s’agit d’élèves plutôt bons dans leur établissement ; un tiers d’entre eux sont issus de familles monoparentales ; et dans la moitié des cas, on ne parle pas français à la maison. Les résultats de cette étude ont été diffusés dans la presse : au bout d’un an, aucune différence perceptible entre les élèves de Sourdun et le groupe témoin ; mais au bout de deux ans, des résultats nettement meilleurs en mathématiques. Les résultats scolaires de Sourdun sont sensiblement les mêmes que ceux qu’on obtient en divisant par deux la taille des classes, pour un coût donc équivalent. Mais Sourdun accroît de façon spectaculaire l’ambition des élèves, qui sont trois fois plus nombreux que le groupe témoin à vouloir intégrer une classe prépa – un point qui me semble particulièrement positif.

Alors, comment utiliser une telle évaluation ? Elle montre que l’internat est efficace à certains égards, mais pour un coût par élève substantiel. Gouverner c’est choisir : l’étude permet de comparer Sourdun à d’autres dispositifs : est-il possible de faire mieux avec le même budget, ou aussi bien avec moins de moyens, ou encore aussi bien sur une autre population d’élèves ? Hélas, la fermeture des internats d’excellence, récemment annoncée par le Ministre de l’éducation, ne procède pas de cette démarche rationnelle. En période d’ajustement budgétaire drastique, le contribuable s’attendrait à voir les responsables politiques lui présenter clairement ses analyses coûts-bénéfices.

Chronique diffusée sur France Culture le 18 avril

 

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