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Covid-19 : le temps des vraies ruptures économiques est venu

Depuis la peste antonine de 166, qui a accéléré le déclin de l’Empire romain, le monde a connu cinq pandémies ayant fait plus d’un million de morts, le record étant détenu par la grippe espagnole de 1918 qui a causé plus de 50 millions de décès. Chacune de ces pandémies  a modifié le cours de l’Histoire (parfois dans le bon sens, la Renaissance étant un des sous-produits de la peste de 1347).

La pandémie du Covid est de même ampleur et risque de déboucher sur une crise économique sans précédent. Cette crise est radicalement différente de la crise des « subprimes » de 2008. C’est une crise de l’offre et non de la demande (plus facile à relancer). Les pays émergents, durement touchés, ne pourront pas servir de relais de croissance et les mutations sectorielles que cette crise va provoquer touchent l’ensemble des industries et pas seulement la finance.

Cette crise risque de provoquer un « bain de sang » pour les petites entreprises (sans fonds propres et dans de nombreuses industries percutées par ailleurs par les effets de la numérisation).

Des réformes ont, certes, été menées. Le plan de 100 milliards d’euros en est un bon exemple même si on peut en critiquer certains aspects et notamment son ampleur. Mais comment avec ce plan intégrer les 800 000 jeunes qui vont arriver dans les semaines qui viennent sur le marché du travail ?

Les réformes ne suffisent pas. Il faut de véritables ruptures. Celles-ci sont au nombre de six : mettre en place un revenu minimal ciblé sur les populations les plus fragiles (les jeunes bien sûr, mais pas seulement) ; instaurer le plus rapidement possible la retraite à 65 ans pour aider les entreprises à survivre et à investir ; refondre complètement le système de formation professionnelle, réforme qui doit remettre en cause les institutions, les formations et l’évaluation ; une modification radicale des règles de contrôle prudentiel des banques (Bâle III) et des assurances (Solvency II) qui pénalisent aujourd’hui le financement des PME ; une taxe carbone digne de ce nom qui peut seule permettre une véritable transition énergétique ; une réforme radicale du financement des syndicats mettant à contribution l’État et les entreprises pour permettre à ceux-ci de se doter d’une expertise économique, condition sine qua non d’un syndicalisme « éclairé » et non pas simplement revendicatif.

La voie « révolutionnaire » (au sens originel du terme de transformation profonde d’une société) que nous proposons nécessitera, pour réussir, une véritable concertation (avec les violences que celle-ci implique si elle est biaisée). Raison de plus pour initier celle-ci très vite. Ce serait la grandeur de ce gouvernement d’opérer la rupture qui nous était annoncé lors de la campagne électorale…

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