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De la bonne utilisation de l’épargne des Français

Patrick Artus

Patrick Artus

Allocation utile. 20 milliards d’euros prêtés aux collectivités locales ; 20 autres milliards consacrés au développement de l’internet très haut débit partout en France. En pleine période de vaches maigres, François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont décidé de mobiliser au total 40 milliards d’euros pour financer des projets d’avenir, via les collectivités locales et le numérique. L’argent va être puisé dans l’épargne des Français, Livret A et autres produits défiscalisés. « Entre le Livret A, le Livret de Développement Durable et le Livret d’Epargne Populaire, cela fait grosso modo jusqu’à 280 milliards d’euros qui peuvent être mobilisés du jour au lendemain  », souligne Patrick ARTUS.

Optimisation. L’encours du Livret A sert, pour moitié, à financer le logement social. L’autre moitié est placée par la Caisse des Dépôts et Consignations sur les marchés financiers. Pour Patrick ARTUS, l’idée émise par l’Elysée et Matignon est intéressante. « On ne touche pas au financement du logement social mais l’autre moitié ne va plus être placée sur les marchés pour être plutôt utilisée dans des actions concrètes d’investissements et d’innovation  ». L’économiste de faire un rappel historique : « le Livret A et le logement social remontent à l’immédiate après-guerre. L’urgence était alors de reconstruire pour loger la population. L’idée fut de créer un canal d’épargne spécifique  ». Autre temps, autres mœurs. Aujourd’hui, l’urgence est de relancer l’économie du pays.

Coût supérieur. La ressource Livret A est une ressource chère : 1,75% à reverser aux épargnants plus 0.7% de coût de collecte. Ce qui fait un total de 2 et demi%. Selon Patrick ARTUS, « cette ressource est plus chère que celle dont disposeraient les banques si l’Etat n’avait pas décidé de les priver d’une partie de ces moyens en relevant le plafond du Livret A ». Profitant de taux d’intérêts nettement inférieurs sur le marché, banques privées et assureurs seraient en mesure de financer les collectivités à moindre coût. « On a mis en place une nouvelle usine à gaz  », regrette le directeur des études économiques de Natixis. Seule consolation, cette décision de l’Etat n’aura aucun impact négatif sur le budget de la Nation. Juste une question de tuyauterie administrative et de financement. Une de plus.

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