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De l’ambition Monsieur Rehn !

Benassy-Quéré Agnès_cropQuels diplômes faut-il pour être Ministre des finances ? Pierre Moscovici a fait l’ENA et détient ce qu’on appelle aujourd’hui un Master 2 d’économie. Son homologue allemand Wolfgang Schaüble est Docteur en droit. Mais Mario Monti (qui a cumulé les postes de Premier ministre et de Ministre des finances en Italie) est Docteur en sciences économiques, tout comme Cristobal Montoro en Espagne et Vitor Gaspar au Portugal. C’est sans doute à eux que s’est adressé Olli Rehn, Commissaire européen chargé des affaires économiques et lui aussi titulaire d’un doctorat, dans une lettre stupéfiante expédiée la semaine dernière aux Ministres de l’économie et publiée sur le site de la Commission. Un mot sur Olli Rehn, discret Vice-président finlandais de la Commission européenne et sur qui tous les yeux se sont braqués lors de la publication des prévisions de la Commission. La plupart des gens n’ont peut-être jamais entendu parler de lui, qui est pourtant le grand ordonnateur des politiques d’austérité en Europe : c’est de lui que le gouvernement français, qui a péché par optimisme, attend un délai de grâce pour ramener le déficit sous la barre des 3% du PIB. Il aurait donc pu écrire une lettre de soutien aux Ministres, les félicitant pour leurs efforts, les encourageant à axer les réformes sur ce qui ne pèse pas trop à court terme sur l’activité mais améliore les finances publiques dans la durée (l’exemple typique étant la réforme des retraites). Au lieu de cela, la missive de quatre pages critique un travail économétrique publié récemment par Olivier Blanchard et Daniel Leigh sur la délicate question du multiplicateur keynésien. Dans ce document technique, l’économiste en chef du FMI et son collègue calculent que l’effet récessif des restrictions budgétaires est beaucoup plus fort en cette période de crise que d’habitude. Les deux auteurs ne contestent pas la nécessité de remettre en ordre les finances publiques, mais ils soulignent l’impact négatif sur la croissance. L’économiste Olli Rehn a parfaitement le droit de critiquer la méthode suivie par les deux auteurs de l’étude. Il en a les compétences. La question est de savoir s’il est économètre ou commissaire européen. Que le multiplicateur keynésien soit de 0,5 ou de 2, les Ministres voient bien que la croissance a disparu parce que la demande privée n’a pas pris le relais de la demande publique. Le traité budgétaire signé en 2012 confie à la Commission européenne le soin de fixer le calendrier de retour à l’équilibre des finances publiques. A l’heure où certains économistes (dont votre chroniqueuse) rêvent de recouvrer une souveraineté partagée en matière de politique budgétaire, on aimerait voir la Commission européenne se faire stratège plutôt que règle à calcul ; entendre Olli Rehn dire moins souvent « vika » (faute) et plus souvent « toivo » (espoir). Les règles ne manquent pas en Europe. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de l’anticipation et une bonne orchestration. Certes, l’orchestre est peu discipliné et la musique parfois dissonante, mais contrairement aux apparences, un bon chef d’orchestre ne mène pas ses musiciens à la baguette.

Chronique diffusée sur France Culture le 21 février

 

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