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Doit-on ne réformer que quand tout va bien ?

La réforme de l’assurance chômage a de nouveau fait parler d’elle cette semaine. La ministre du travail a rencontré les partenaires sociaux pour leur annoncer ce qu’ils savaient déjà car en fin de compte le Gouvernement n’a pas modifié sa position. Petit rappel des faits : en 2016, Myriam El Khomri fait adopter dans la douleur une loi visant à « assouplir » la législation du travail. Elle réussit à mettre la France dans la rue et, tour de force, à s’attirer les critiques de la gauche et de la droite. Un des rares soutiens, Emmanuel Macron, en conclura que la loi n’est pas allée assez loin mais que ces réformes sociales sont des étincelles susceptibles d’embraser le pays.
Sous sa présidence, la méthode sera résolument différente. Le projet de réforme fait partie du programme présidentiel et il est mis en place assez rapidement. Une « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » est adoptée sans heurt en septembre 2018 et la réforme de l’assurance chômage est annoncée en juin 2019. Alors qu’une partie de la France est en vacances et regarde les prouesses de Julian Alaphilippe, on ne chôme pas au ministère du travail : deux décrets réformant en profondeur le système sont publiés au Journal Officiel le 28 juillet. Jusque-là, ce fut indéniablement un sans-faute pour le gouvernement. Mais pour faire bonne mesure –et aussi parce que les changements sont conséquents– il est décidé que la mise en application des reformes se ferait progressivement : au 1er novembre 2019 pour une partie, puis le gros morceau au 1er avril 2020.
Et c’est là que la Covid-19 est venue tout bouleverser. Il était notamment politiquement impossible de durcir le calcul de l’allocation des travailleurs précaires, alors même que ce sont ceux qui pâtissaient le plus des mesures sanitaires. Tout a donc été reporté à des jours meilleurs mais voilà, un an après, l’horizon ne s’est pas vraiment éclaircit. Elisabeth Borne a donc déclaré que tout serait mis en place lorsque la situation sur le marché du travail s’améliorerait significativement. C’est tout de même reconnaitre que la réforme n’est pas adaptée aux périodes difficiles. Et pourtant, c’est pour ces moment-là que l’assurance chômage a été créée.

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