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Echapper à la déflation

Echapper à la déflationEn décembre, les prix à la consommation au sein de la zone euro s’affichent, pour la première fois depuis 2009, en baisse de 0,2 % sur douze mois. Ce résultat est essentiellement imputable à la baisse des produits énergétiques (-6,5 %), qui fait perdre 0,7 point au taux d’inflation. Hors produits énergétiques et alimentaires, l’inflation sur douze mois est très légèrement en hausse, passant de 0,7 % en novembre à 0,8 % en décembre.

Cela devrait être une bonne nouvelle : la baisse des prix de l’énergie a toujours constitué jusqu’àprésent un facteur de soutien de l’activité. Si l’on ajoute que l’euro est lui-même orienté à la baisse, notamment par rapport au dollar, ce qui soutient nos exportations, on devrait en conclure qu’une période faste est en train de s’ouvrir pour l’activité économique au sein de la zone euro en général et en France en particulier. Et pourtant, il n’en est rien. Le pessimisme prévaut et la crainte de la déflation ou d’une stagnation séculaire, à l’instar de ce que vit le Japon depuis le début des années 1990, s’est installée dans les esprits. Certes, il faut un peu plus qu’un mois d’inflation négative pour pouvoir conclure à la déflation. Mais, rappelons que le Fonds monétaire international estimait déjà, en octobre, à 33 % la probabilité d’une déflation au sein de la zone euro. L’évolution tant des prix que de l’activité suggère une probabilité plus élevée aujourd’hui.

L’endettement est un facteur clef pour déterminer si on est en présence de baisses des prix qui soutiennent l’activité ou d’une déflation qui la déprime, comme l’avait bien vu l’économiste Irving Fisher lors de la crise de 1929. La baisse des prix alourdit en effet le poids de la dette, met les débiteurs en difficulté, accroît leurs risques de faillite, déprime leurs anticipations et pèse sur leurs investissements. Dans les pays trop endettés, cet effet dépressif l’emporte sur l’effet favorable des gains de pouvoir d’achat procurés par la baisse des prix. La déflation est alors un risque particulièrement dangereux parce qu’il entraîne l’économie dans une spirale dépressive de l’activité, qui se nourrit des anticipations autoentretenues sur la poursuite de la baisse des prix et dont il est extrêmement difficile de sortir, comme le montre l’expérience japonaise.

Pourquoi certains pays, comme l’Allemagne ou les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui ont pourtant été à l’épicentre de la crise, voient-ils la sortie du tunnel et peuvent-ils espérer bénéficier de la baisse des prix pendant que d’autres pays, comme ceux de l’Europe du Sud ou la France, s’enfoncent plus ou moins brutalement dans la dépression déflationniste ? Les pays qui réussissent ont maîtrisé leur endettement après le choc de 2008, ils ont soigneusement évité tout choc fiscal sur l’économie, notamment sur les entreprises, et ils bénéficient d’un marché du travail flexible où la réallocation de la main-d’oeuvre vers les secteurs gagnants de la crise est en cours. A l’opposé, les pays qui sont aujourd’hui menacés par la déflation partagent le fait d’avoir perdu la maîtrise de leur endettement, d’avoir privilégié un choc fiscal concentré sur les entreprises, sans réussir pour autant à retrouver le contrôle de leurs finances publiques en raison des conséquences dépressives de ce choc, et de pâtir d’un marché du travail rigide où la main-d’oeuvre reste piégée dans les secteurs perdants de la crise.

Face à ce risque de déflation, de nombreux experts et hommes politiques appellent à des politiques monétaires et budgétaires plus accommodantes. On a toutefois beaucoup de mal à imaginer comment un « quantitative easing » monétaire pourrait être efficace aujourd’hui en Europe alors que nous sommes manifestement dans une situation de trappe à liquidité, où la politique monétaire a perdu toute efficacité. Quant à retarder la consolidation budgétaire, cela ne ferait qu’accroître la dette publique et renforcer les pressions déflationnistes sur l’économie. Pour une économie comme l’économie française, il n’y a donc pas d’alternative à un choc de réformes structurelles qui permettraient d’inverser les anticipations déflationnistes en stimulant l’épargne et l’investissement grâce à une flexibilisation radicale du marché du travail, à une réduction substantielle des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises et sur l’accumulation du capital, à une diminution drastique des dépenses publiques et à une baisse de la dette publique… c’est-à-dire grâce à une refonte totale de l’Etat providence.

 

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