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Économie de la terreur, comment en sortir ?

 Economie de la terreur

Le fanatique exécutant est fou, pas son chef. Ce qui anime le fanatique exécutant, le fou, c’est la certitude qu’il va gagner, ici ou dans l’au-delà. Il n’a peur de rien pour la raison qu’il est mégalomane : sa foi est la plus forte. Le chef qui le manipule fonctionne différemment. Bien sûr il croit, lui aussi. Mais il sait que le rapport de forces est (temporairement selon lui) défavorable à ses idées, ce qui le fait changer de terrain. Il ne fonctionnera donc pas du « fort au faible » mais du « fort au fou », grâce au fanatique exécutant, de façon à ce que son ennemi soit éperdu. Alors il ne saura plus où donner de la tête, sachant que le peuple qu’il est censé protéger peut prendre peur devant des attaques répétées. Alors les marchés financiers s’affoleront et l’économie fléchira.

Les guerres fanatiques sont d’essence religieuse : le fanum, c’est le temple. Le fanatique exécutant y est dedans. Le profane est devant, autrement dit dehors. Le fanatique chef est entre les deux. Le fanatique exécutant est sûr de sa cause et prêt à tout lui sacrifier. Il n’entre pas dans une logique coût / avantage classique : il n’a rien à perdre – sa vie et celle des siens compte peu. L’au-delà récompense le martyr – le « témoin » de dieu. Ce qu’il cherche, il est éduqué pour cela, c’est terroriser les faibles (à ses yeux), ce qui permet aux fanatiques d’être plus sûrs encore de leurs choix et aux indécis de les rejoindre plus aisément. Il veut montrer que les colosses politiques, sociaux ou idéologiques ont des pieds d’argile et que leurs polices sont inefficaces. Ce que cherche le fanatique chef.

On connaît les sources des fanatismes religieux, après l’effondrement graduel des totalitarismes, ces fanatismes économiques (Hitler, Staline, Mao, Pol Pot pour ne pas les citer tous). On connaît leurs ennemis permanents : les sociétés de liberté de pensée et de respect de la personne. Les sources sont les famines et les pestes hier, la crise économique et le chômage aujourd’hui, le manque de perspectives pour soi, ses proches et sa descendance toujours. Bien sûr, la crise actuelle de l’économie de marché, après ses espoirs, devant sa longueur et sa dureté, s’escorte d’une crise morale. Bien sûr, le succès matériel ne suffit pas. Bien sûr, des scandales et corruptions nous entourent et deviennent publics. Bien sûr, les réformes économiques et sociales ne marchent pas assez vite. Le risque est alors celui du no future et du « tous pourris ». Ce que cherche le fanatique chef.

L’efficacité des fanatismes actuels est leur maîtrise des réseaux sociaux et leur capacité à les articuler aux effets sociaux de la crise pour recruter davantage de fanatiques exécutants. Le temps d’Al-Qaïda n’est plus celui de « la base » très organisée qui détruisait les tours de New York et montrait que le roi était nu. Depuis qu’Oussama ben Laden a été tué, le mouvement s’est fractionné en plusieurs têtes concurrentes et s’est doté de capacités étatiques (EI – Etat Islamique, ou Daesh) dans certaines régions d’Irak et de Syrie. La guerre sainte devient plus concrète et plus proche, aidée par un usage expert des réseaux sociaux à destination des jeunesses désemparées. Elle donne « une réponse ».

Pour en sortir, il faut « surveiller et punir », mais pas seulement. Les prisons sont des lieux d’endurcissement et il n’est pas possible de surveiller autant de « suspects » aguerris qui savent où on les attend et apprennent à déjouer les surveillances. « Surveiller et punir » freine la progression du risque, avec l’appui de la population pour quadriller l’espace économique et social.

Pour en sortir, rien ne remplace l’amélioration économique et les solidarités sociales et locales qui, aujourd’hui, diminuent sous le poids de la crise. Une religion adulte ne peut être fanatique. Une économie mûre ne peut être que plus transparente, mettant la liberté et l’épanouissement personnel au centre de son projet.

Pour en sortir, rien de tel que dire ce que cherche aujourd’hui le fanatique chef  : attirer les plus faibles, apeurer et diviser les peuples, rendre impossible une vie normale aux membres de « sa » religion qui ne le rejoignent pas, en les faisant passer pour fanatiques à l’égard des autres. Le fanatique chef n’est pas fou – nous non plus, mais nous ne sommes pas fanatiques.

Retrouvez l’intégralité de cette contribution sur le blog de Jean-Paul Betbeze sur www.betbezeconseil.com

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