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Emploi contre compétitivité

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Lundi 17 mars, Thierry Pech expliquait très justement sur France Culture que le débat sur le pacte de responsabilité oppose ceux qui veulent favoriser l’emploi par des allègements de charges sur les bas salaires, et ceux qui préfèrent donner un coup de pouce à la compétitivité des entreprises en réduisant les cotisations pour des rémunérations plus élevées. Il prenait alors parti pour les seconds, tout en comprenant les premiers. Mais de nombreux économistes, conscients de notre problème de compétitivité, recommandent néanmoins de concentrer les baisses de charges sur les bas salaires, car c’est une des rares mesures qui ait prouvé son efficacité sur l’emploi, alors qu’on ne connaît pas bien l’effet des charges sur la compétitivité.

Pour comprendre le problème, il faut rappeler que la moitié des salariés gagnent moins que 1,6 fois le SMIC. A ces niveaux de rémunération, une réduction des cotisations sociales payées par les employeurs est sans effet sur le salaire net reçu par le salarié car, d’une part, on est dans l’aire d’influence du Smic, et d’autre part, les demandeurs d’emploi sont nombreux à ces niveaux de qualification, si bien qu’une entreprise n’a pas besoin de monter les salaires pour trouver à embaucher. C’est pourquoi on s’attend à ce qu’en bas de l’échelle des salaires, une baisse de charges se répercute quasi intégralement dans les coûts des entreprises ; le coût du travail diminuant, elles embaucheront davantage et cela réduira le chômage. De nombreux travaux empiriques ont validé ce raisonnement et chiffré les gains attendus en emploi. La dernière en date, réalisée par Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo pour l’Institut Montaigne, exploite une expérience appelée « zéro charges » réalisée en 2009. Le dispositif permettait aux entreprises de moins de 10 salariés de bénéficier d’exonérations de cotisations patronales pour toute embauche nouvelle (ou renouvellement de CDD) d’un salarié rémunéré en dessous de 1,6 fois le SMIC. Les auteurs ont alors comparé l’évolution de l’emploi dans les entreprises de 6 à 9 salariés à celles de 10 à 13 salariés, seules les premières ayant bénéficié de la mesure. Dans les deux cas, il s’agit de très petites entreprises et la période d’observation, 2009, est une année difficile. La comparaison est donc parlante. Les auteurs mettent alors en évidence un effet important et rapide de la mesure sur l’emploi. En extrapolant aux baisses de charges envisagées dans le cadre du pacte de responsabilité (10 milliards d’euros), ils avancent qu’un ciblage sur les salaires inférieurs à 1,6 fois le Smic permettrait de créer (ou de préserver) 800 000 emplois. Le chiffre est impressionnant, il peut être discuté, mais il est tout sauf négligeable.

A l’inverse, les expériences étrangères suggèrent que baisser les charges sur les hauts salaires a pour effet une hausse des rémunérations. Explication : un travailleur bien payé est souvent un travailleur qualifié et/ou expérimenté et, sinon indispensable, du moins rare. Une baisse de charges améliore son pouvoir de négociation avec son employeur et le salaire augmente. L’entreprise n’a alors rien gagné en termes de compétitivité. Elle paye moins de charges, mais plus de salaires. Pour favoriser la compétitivité, il vaut mieux réduire d’autres impôts. Et ce qui est bien en France, c’est qu’il y a l’embarras du choix.

Chronique diffusée sur France Culture le 20 mars 2014

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