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Énergie : l’heure du choix

Bien entendu, le critère qui s’impose pour définir les choix énergétiques est celui des émissions de gaz à effet de serre. On doit y ajouter d’autres critères : le coût de production, la création d’emplois, la souveraineté. C’est ainsi d’ailleurs que le débat s’est ouvert un peu partout dans le monde, notamment en France, sur le nucléaire, le gaz, et les énergies renouvelables.

Mais ne nous y trompons pas : la France a un problème particulier en Europe, celui de sa désindustrialisation ; il faut donc prendre en compte l’impact que tel ou tel choix peut avoir sur le développement technologique et industriel. Il faut donc arriver à développer une énergie décarbonée, respectueuse des ressources naturelles pour sa production, disponible en permanence à un coût compétitif, mais également créatrice de véritables filières industrielles.

Le nucléaire, un choix historique aux retombées inattendues

La France a historiquement fait le choix du nucléaire. Or, phénomène rarement évoqué, l’écosystème nucléaire français a engendré depuis 1970 une série impressionnante de savoir-faire et donc d’entreprises industrielles, sur des marchés bien loin de l’énergie nucléaire.

Pourquoi cela ? Parce que les besoins d’un programme nucléaire nécessitent le développement de hautes technologies et d’outils génériques très pointus dont l’industrie, dans sa globalité, bénéficie par effet de « contagion ».

Outre la science des matériaux, la médecine nucléaire, la métallurgie, la chimie et la physique issues de la filière nucléaire, il faut citer des domaines plus inattendus qui ont pris une large place dans l’économie française.

C’est notamment le cas de l’électronique, originellement affecté à la recherche nucléaire ; le site CEA de Grenoble a été totalement « dénucléarisé » au profit des nouvelles technologies et de leurs applications, en particulier pour l’électronique et le numérique. Si la France a gardé quelques industries pour les composants électroniques avec des sociétés comme STMicro ou Soitec, c’est grâce au dynamisme des équipes de pointe de Grenoble, véritable pôle technologique mondial.

Autre domaine remarquable, le calcul scientifique et les gros calculateurs indispensables pour les réacteurs et l’armement nucléaires. Ils sont devenus essentiels pour la R&D dans l’aéronautique, l’automobile ou les nouveaux médicaments. C’est un facteur clé dans le raccourcissement des délais de développement des produits complexes.

Utiliser des technologies spécifiques pour créer des écosystèmes dynamiques

Cette voie française, pleine de succès passés doit donc être prise en compte dans l’ambition d’une vraie réindustrialisation. Certes, d’autres voies existent. Lorsque l’Allemagne a fait le choix de l’énergie renouvelable avec une compétence particulière sur l’énergie éolienne à 80% fabriquée sur son territoire, elle a créé un véritable écosystème, pilier de l’industrie allemande. Mais l’impact de la politique énergétique allemande est bien plus large : développement des éoliennes en mer, transport et stockage de l’énergie, processus industriels optimisés en énergie…

On le voit, chacun des deux pays a utilisé le développement de technologies spécifiques pour créer des industries plus vastes et c’est en cela que ce critère doit être pris aussi en compte.

En quoi cela nous permet-il de progresser sur le choix français ? Il faut évidemment favoriser les forces existantes et développer tous les secteurs qui se sont développés grâce à l’existence d’une filière nucléaire quasiment unique au monde.

 


 

Jean-Hervé Lorenzi est président des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence

Guy Turquet de Beauregard est président de Sevy Conseil SAS

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