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Comment les Etats-Unis imposent leur loi à l’Europe ?

imagesAlors même que des voix de plus en plus nombreuses s’interrogent sur la capacité de l’Europe à ne pas sortir perdante des négociations du Traité transatlantique, il est un secteur où la messe est déjà presque dite : c’est celui de la banque. Paradoxe des paradoxes : les banques américaines, qui sont très largement à l’origine de la crise des « subprimes » dans laquelle nous restons à ce jour empêtrés, se portent comme un charme. Pour ne prendre qu’un exemple, en termes de part de marché, les cinq premières banques d’investissement mondiales sont américaines : Goldman Sachs (7,2 % du marché mondial), JP Morgan (7,2 %), Bank of America Merrill Lynch (6,3 %), Morgan Stanley (5,8 %) et Citigroup (4,9 %). Comment expliquer cet état de fait ? D’abord par le pragmatisme de ces banques qui, s’adaptant aux nouvelles réglementations prudentielles, « titrisent » leurs crédits et sortent donc de leur bilan tout ce qui peut l’être. Ensuite par leur efficacité dans les négociations internationales, les banques américaines parlant d’une même voix alors que leurs concurrents européens n’arrivent, que très rarement, à arrêter une position commune. Enfin par l’avantage comparatif que leur donne le dollar, monnaie qui est la leur et qui domine encore les transactions internationales.

Mais ces atouts incontestables ne suffisent pas à expliquer à eux seuls la domination bancaire américaine. L’application par les Etats-Unis de la réglementation bancaire y est aussi pour beaucoup. En matière de contrôle, les Etats-Unis ont un talent unique pour se doter de réglementations (le Dodd-Frank Act notamment) faites sur mesure pour ne pas pénaliser leurs champions nationaux. En matière judiciaire, les banques américaines se sont vu, certes, infliger 15 milliards de dollars d’amendes par les tribunaux mais c’est bien peu par rapport aux 50 milliards demandés aux banques européennes.

Les Etats-Unis arrivent aussi à peser sur les négociations internationales pour améliorer la compétitivité de leur industrie bancaire. Exemple parmi bien d’autres : le « ratio de levier », qui limite la possibilité pour les banques de faire des crédits, pénalise clairement celles, comme les banques européennes, qui ont un recours limité à la titrisation.

L’Europe, de son côté, n’a pas son pareil pour s’imposer de lourds kilos réglementaires au départ du sprint que constitue la nouvelle législation bancaire en cours d’élaboration. Ainsi, pourquoi les Etats-Unis imposent-ils des règles qui s’appliquent de préférence aux banques étrangères opérant sur le sol américain alors que l’Europe ne fait rien pour les banques américaines implantées sur notre continent ? De même, la taxe sur les transactions financières (TTF), proposée par Bruxelles et adoptée sans véritable débat par la France, ne pénalise-t-elle pas de nombreuses banques d’Europe continentale sans que les Etats-Unis fassent le moindre geste pour soumettre leurs banques à une telle contrainte ?

L’Europe doit se réveiller. Alors que le « shadow banking » (les activités bancaires opérées par des non-banques) n’a de cesse de se développer et alors que le Brexit fait planer la menace d’une réglementation bancaire faite sur mesure pour les banques anglaises, l’Europe continentale doit comprendre enfin que le financement de notre économie ne peut pas se faire sans les banques : les deux tiers de notre financement se font par ce canal, contre un tiers à peine aux Etats-Unis. Nos banques ne sont, certes, pas à l’abri de toutes critiques. Qu’on les oblige à mieux financer nos PME, ce qu’elles font de manière très imparfaite, c’est une absolue nécessité. Mais qu’on ne les leste pas de contraintes spécifiques qui permettront aux banques américaines de rafler la mise sur tous les marchés les plus porteurs de croissance. Notre avenir en dépend.

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