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Comment Euronext peut-il réagir à la possible fusion entre la bourse de Francfort et celle de Londres ?

0960c00837963f760a0c653bd987ee42-627x370Le mouvement de consolidation ne concerne pas uniquement le secteur des télécoms en Europe. Les opérateurs boursiers sont également concernés. Bertrand Jacquillat explique les enjeux et l’impact d’une éventuelle fusion entre la Deutsche Börse et le London Stock Exchange, évoquée ces derniers temps.

Dans quelques années, il n’existera probablement plus que trois ou quatre opérateurs boursiers de taille mondiale : un chinois, deux américains et un européen. Regroupant leurs forces Deutsche Börse et le LSE, dont les capitalisations boursières sont respectivement de 15.2 Mds€ et 11.7 Mds€,  comptent bien être l’européen des quatre, reléguant loin derrière Euronext, l’opérateur paneuropéen dont la capitalisation boursière est dix fois moindre.

Ce n’est pas le président de la République, qui n’aime pas la Finance, qui sera attristé d’une telle situation qui marginalise encore davantage Paris comme place financière. Etre le siège d’une place financière puissante est pourtant un atout décisif pour garder des leviers d’influence dans un monde global, car l’existence d’une industrie financière puissante au sein d’un pays favorise sa croissance économique.

Les services que rendent les intermédiaires financiers sont en effet essentiels pour provoquer, faciliter, accompagner les innovations technologiques et le développement économique, écrivait Schumpeter dès 1911, réfutant la position d’une de ses collègues anglaises de Cambridge pour laquelle « When industry leads, finance follows ». Dans un mouvement de consolidation des bourses qui a toujours existé mais qui s’est accéléré dans les années 1990 sur le plan mondial, la France avait pourtant de sérieuses cartes en main avec ses grandes banques, son savoir-faire et son expertise dans le domaine de la finance, ses grandes entreprises cotées dont quelques fleurons mondiaux du CAC 40, et un pôle de gestion d’actifs de premier rang.

Euronext et la Place de Paris ont joué dans les années 2000 un rôle majeur dans cette consolidation. D’abord avec la création d’Euronext en 2000, puis de NYSE Euronext en 2007 et, enfin, avec le projet de rapprochement entre NYSE Euronext et Deutsche Börse en 2012, entravé par l’Autorité de la Concurrence Européenne – cette dernière arguant que l’ensemble détiendrait un quasi-monopole sur les marchés des dérivés de taux et d’actions reflétant une absence de vision mondiale de la concurrence dans le domaine des transactions de produits financiers.

Cet élan s’est brisé devant l’absence de vision stratégique, voire simplement d’intérêt et de compréhension, des principaux responsables économiques et politiques français. La prise de contrôle de NYSE Euronext en 2013 par l’un des deux grands acteurs américains, ICE, a conduit au démantèlement d’Euronext avec les ventes des plates-formes actions NYSE et de produits dérivés à ICE et de l’organisme de compensation au LSE, ce qui a fini par déshabiller Euronext.

Si la fusion s’effectue effectivement entre la bourse de Francfort et celle de Londres, malgré plusieurs échecs d’une telle tentative dans le passé, la seule issue pour Euronext est de tenir un rôle de second rang en fédérant les dernières bourses européennes indépendantes, comme la bourse de Madrid, et de récupérer certains des actifs du nouvel ensemble dont celui-ci devra se défausser sous les injonctions des autorités de Bruxelles de la concurrence.

Même si la Bourse de Londres est minoritaire dans cette fusion annoncée entre égaux, gageons que la City of London verra par cette opération sa position renforcée de première Place financière en Europe.

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