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La finance est-elle une arme de destruction ou de domination ?

4324779c13b6ad97f4951132c500aad0-627x360Le peuple du Royaume-Uni a voté par referendum sa sortie de l’Europe, les marchés ont réagi comme il se doit. Cette réaction attendue des opérateurs a une nouvelle fois montré la toute puissance de la finance. Selon Catherine Lubochinsky, cet énième épisode appelle une gouvernance adaptée et une vraie prise de conscience de la part des Etats. Ce sujet sera débattu lors des 16e Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence ce weekend.

Dans ce monde de turbulences, les marchés financiers tiennent leur rang ! Le vote Britannique du 23 juin a, parmi ses nombreuses conséquences, déclenché un mouvement de panique sur les marchés : baisse jusqu’à 8% des places financières (mais encore plus pour les valeurs bancaires), chute de la livre, élargissement des spreads de taux souverains (Italie, Espagne…), et la Grande-Bretagne qui va probablement perdre son AAA selon S&P (ce qui atténuerait la baisse du taux des Gilts, voire la baisse éventuelle du taux d’intervention de la Banque d’Angleterre le 14 juillet prochain). Panique à relativiser car la plupart des indices n’ont fait que retrouver leurs niveaux de la mi-juin, à partir de quand un vent d’optimisme avait soufflé sur un vote « Remain ».

Plus grave a été la grande crise financière de 2007-2008. Elle a rappelé que la finance pouvait être une arme de destruction massive : des PIB qui n’ont pas tous retrouvé leurs niveaux d’avant crise ; des destructions d’emplois ; des dettes publiques en augmentation (d’environ 40% en quelques années) ; et une efficacité amoindrie des politiques monétaires, malgré le recours à des tauxnominaux négatifs. Arme également de destruction massive de la confiance des ménages vis-à-vis des banques et des marchés. Et c’est compréhensible, étant donné le manque de gouvernance de nombreuses institutions financières.

Cependant, c’est bien la finance qui permet à l’économie réelle de croître et qui constitue aussi une arme de domination. Les Britanniques en sont convaincus. En effet, Londres, tout en étant restée en dehors de la zone euro, est demeurée la principale place du marché des changes (40% des transactions de changes qui s’élèvent à 5.300 Mds de dollars/jours) et la principale place bancaire internationale. Ceci lui a sans doute permis de contrebalancer sa désindustrialisation en termes de croissance économique – puisqu’elle est passée au cinquième rang mondial des puissances économiques. Les activités financières environ 10 % de son PIB.

Dans le domaine financier, la coopération internationale est insuffisante. Certes, elle progresse dans certains domaines tels que la régulation bancaire. Mais d’inspiration anglo-saxonne, elle s’uniformise… alors même que les modèles de financement des économies de part et d’autre de l’Atlantique sont différents. Dans d’autres domaines cette coopération est de facto absente : l’expression « guerre des changes » ressurgit régulièrement ; les Etats-Unis n’hésitent pas à recourir à l’extraterritorialité quand leur régulation financière est contournée, etc…

Cette puissance financière doit-elle être laissée à la sphère privée ou bien la sphère publique doit-elle être plus interventionniste ? Les Etats ne devraient-ils pas avoir une vision stratégique cherchant plus à attirer les acteurs internationaux qu’à « protéger » des acteurs locaux ? Le clivage entre les pays anglo-saxons et les pays d’Europe continentale n’est-il que le reflet d’une réponse différente à la question posée dans le titre ?

Rendez-vous aux prochaines Rencontres Economiques d’Aix en Provence pour tenter d’y répondre !

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