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France : quand la courbe du chômage s’inverse

3c7110b76543860a407ee404b3a22609-627x331Le président de la République, François Hollande, vient de tenir sa sixième conférence de presse. Les dossiers économiques et sociaux y ont tenu bonne place, fort d’une amélioration timide mais notable de la conjoncture. Jean-Paul Betbeze recense les raisons du frémissement.

C’est effectivement en cours. Pour l’économie française, le premier semestre n’a pas été mauvais en moyenne, la suite s’annonce favorable. Les consommateurs entraînent la machine et vont continuer. Derrière cette amélioration de la croissance française par la consommation, il y a d’abord les revenus nominaux. Ils sont toujours bien orientés, notamment dans les grandes et moyennes entreprises, pour des raisons largement liées aux contrats de travail et aux règles internes. En même temps, le prix de l’énergie baisse et l’inflation est encore plus faible que prévu. Donc le revenu réel accélère. Il tient la croissance en ce début d’année et va continuer, soutenu aujourd’hui par le net regain du crédit à la consommation.

En même temps, la baisse du prix du pétrole a permis d’améliorer à la fois la balance commerciale et les marges des entreprises, en complément du CICE. Les marges se redressent, passant de 29,5 % en moyenne en 2014 à 31,1 % au premier trimestre 2015. C’est ainsi que s’améliorent graduellement l’activité et l’investissement. Mais pour ce dernier, c’est trop lent.

Et le chômage dans tout ça ? Il est en train de baisser. Bien sûr, les changements récents de catégorie aident, faisant passer environ 10 000 personnes de la catégorie A (chômeurs) en catégorie E, étant donné qu’ils sont en stage d’insertion et ne font donc pas d’ « actes positifs de recherche d’emploi ». Bien sûr, les 430 000 emplois en contrat d’insertion, dont 80 % dans le secteur public et associatif, aident plus encore. Bien sûr, on peut exclure d’autres raffinements statistiques et moins d’incitations et de rappels à ceux qui oublient de s’inscrire et de se réinscrire.

Mais on ne peut oublier non plus les éléments positifs qui viennent des reformes en cours, des lois Macron et des discussions qui vont commencer sur l’assouplissement du droit social. Tout ceci, avec les marges qui remontent et l’anticipation d’une lente reprise, va jouer positivement sur la croissance et l’emploi. Ajoutons, preuve supplémentaire, les données favorables qui concernent actuellement l’emploi intérimaire. Il va mieux, preuve que les entreprises ont des anticipations mieux orientées et aussi des marges qui se reconstituent.

Donc le chômage va baisser et François Hollande se préparer, il ne sera pas le seul. Pour autant, ce nouvel emploi est bien différent de l’ancien. On y trouve beaucoup d’auto-entrepreneurs (presque un million), beaucoup de temps partiels et très partiels, beaucoup de créateurs, avec en même temps des perspectives plus rabotées d’évolution pour les salariés « classiques ». Le chômage baissera et l’emploi changera souvent de nature.

Comme quoi, l’emploi n’a pas besoin de 1,5 % de croissance pour repartir.

C’est l’effet de « l’uberisation » de l’économie. Elle détruit beaucoup d’anciens emplois, souvent protégés (taxis par exemple). Et elle en crée beaucoup plus. Moins chers pour leurs utilisateurs, ils augmentent leur pouvoir d’achat. Ils seront aussi une source de revenus plus faibles et plus fractionnés – au moins au début, pour celui qui les offre. Ceci augmente in fine le pouvoir d’achat de tous. Plus d’emplois avec seulement 1,2 % de croissance, c’est le signe que quelque chose change. La bourse devrait aimer, mais c’est un autre monde qui s’ouvre.

 

Paru le 7 septembre 2015 sur Boursorama. com

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