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Frédéric Bastiat : pamphlétiste si contemporain

Frédéric Bastiat (1801-1850) a pris une part active aux grands débats économiques de son temps. Libéral, adversaire acharné de Proudhon, défenseur du libre-échange et critique féroce de la colonisation, il a ferraillé à l’Assemblée nationale sur les bancs de la gauche. Sa connaissance des affaires lui permettra de bien connaître les rouages du marché loin des idéologies. Il est considéré comme l’un des précurseurs de l’École autrichienne mais reste aujourd’hui relativement peu connu.

Bertrand Jacquillat, membre du Cercle des économistes, revient sur cet incontournable de la pensée économique.

On trouve dans cet ouvrage de 268 pages, dont l’actualité est impressionnante, tout ce qu’on peut dire et écrire sur l’explosion de la sécurité sociale, sur les conséquences des 35 heures et du traitement social du chômage, sur les dysfonctionnements de la fonction publique, sur les promesses électorales, sur la mondialisation et la démondialisation, sur le protectionnisme, bref, sur de nombreux aspects des politiques publiques. La satire la plus célèbre de Bastiat (qui vise le protectionnisme) est sa pétition pour la fermeture des fenêtres et lucarnes au Parlement français de la part des fabricants de chandelles, qui demandent à être protégés « de la compétition ruineuse d’un rival étranger » qui leur livre une concurrence déloyale en fournissant de la lumière à des prix trop bas (ce fournisseur est….le soleil) ! Bastiat n’a pas pris une ride, si ce n’est ses exemples un peu désuets de métiers dont certains ont pratiquement disparu, parce que les principes et les préceptes de Bastiat sont de tous les pays et de tous les temps. Il n’y avait pas, à l’époque, ces multiples et souvent inutiles ronds-points sur les routes de France, mais nul doute que Bastiat ait fustigé leur inutilité dans la plupart des cas et leurs coûts prohibitifs de 50 milliards d’euros. Mais, c’est sans doute au nom d’un autre sophisme qu’ils ont été construits et financés par l’impôt et qu’il aurait dénoncé : « Quand le bâtiment va, tout va…. ».

Les sophismes et les prophéties de Bastiat sont étayés par les grands théorèmes énoncés par les pères fondateurs de la science économique, Adam Smith en Angleterre avec sa Richesse des Nations, mais aussi avec sa Théorie des Sentiments Moraux, et par Turgot et Jean-Baptiste Say en France. Avec son mentor Richard Cobden et les ligues anti corn laws, Bastiat défend les intérêts des consommateurs, à la différence de la plupart des économistes, les uns vantant les mérites des producteurs, des financiers (Ricardo), des entrepreneurs (Say), ou des travailleurs (Marx).

A la Chambre des Députés où il a été élu en 1848, Bastiat, pourfendant la peine de mort et l’esclavage et défendant le droit syndical, n’a voulu siéger ni à droite ni à gauche, prenant des coups des deux côtés.

La pensée de Bastiat était fondamentalement libérale, pas seulement économique mais aussi philosophique, comme Hayek, défendant la liberté de l’individu face à l’autorité, écrivant dans la Loi du même ouvrage : « Il y a trop de grands hommes dans le monde, il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de principes, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle ». Ou encore sa célèbre définition de l’Etat : « L’Etat c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

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