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Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Fumée blanche à Berlin

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Habemus coitionem ! Les négociateurs de la CDU, de la CSU et du SPD ont réussi à se mettre d’accord sur un contrat de coalition de 185 pages qui doit encore être avalisé début décembre par les militants du SPD, à l’occasion d’un referendum interne. Vu de ce côté-ci du Rhin, le contrat de coalition surprend : on n’a pas l’habitude de voir le modèle allemand se rapprocher du modèle français. D’une part, le contrat prévoit l’introduction d’un salaire minimum de 8,50 € à partir de 2015. D’autre part, l’âge de départ à la retraite est abaissé de 65 à 63 ans pour les travailleurs ayant cotisé 45 ans. Certes, on n’en est pas encore à s’aligner sur la France où le SMIC horaire brut est à 9,43 € et où, au terme de la réforme des retraites, la durée de cotisation passera à 43 ans, non 45. Il est vrai aussi que la démographie allemande justifie un système de retraite moins généreux. Mais deux points de convergence apparaissent : (1) il y aura désormais un salaire minimum universel dans les deux pays, (2) ce qui compte maintenant en matière de retraite, c’est la durée de cotisation, non l’âge légal de départ.

Au-delà de ce surprenant rapprochement, le contrat de coalition est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la France ? Sauf si la branche décide de fixer un salaire minimum beaucoup plus bas, ce que permet encore le contrat de coalition le salaire minimum allemand va donner une bouffée d’air au secteur agro-alimentaire français qui a subi de plein fouet la concurrence par les coûts. On peut aussi anticiper que la hausse des salaires stimulera la demande en Allemagne et donc nos exportations vers ce pays. C’est vrai à court terme, si la mesure ne crée pas de chômage. A moyen terme, tout dépendra de la réaction des prix et de la manière dont le salaire minimum sera ou non indexé sur la hausse de prix. Finalement, le plus important pour la demande, ce n’est pas le salaire minimum mais l’évolution de l’épargne et de l’investissement. Et là on peut être un peu inquiet. Certes, l’impact de la réforme des retraites sur l’épargne sera ambigu. Mais du côté de l’investissement on ne voit rien venir. Le contrat de coalition prévoit royalement 23 milliards d’investissements publics à répartir sur 4 ans, ce qui donne 0,3% du PIB seulement. Quant aux entreprises privées, elles vont fatalement être affectées par la mise en place du salaire minimum. Pas sûr que cela les incite à investir, si ce n’est pour remplacer des hommes par des machines.

Notre intérêt n’est pas une Allemagne affaiblie, ne parvenant plus à exporter. Tout au contraire, il nous faut une Allemagne dynamique, capable de tirer la croissance de la zone. De ce point de vue, le débat sur la politique économique allemande est mal posé : une chose est la compétitivité, une autre est l’excédent extérieur. La compétitivité peut se mesurer à la croissance des exportations. Mais on peut être très compétitif sans pour autant dégager d’énormes excédents extérieurs. Tout dépend de la dynamique de la demande intérieure, qui tire les importations. En empruntant à quasi 0% pour investir dans les infrastructures publiques, la grande coalition gagnerait sur tous les tableaux. Oui à la compétitivité ; non aux déséquilibres macroéconomiques. Voilà ce qui devrait la guider.

Chronique diffusée sur France Culture le 28 novembre 2013

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