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Hyman Minsky : le théoricien de l’instabilité financière

Économiste américain (1919-1996), Hyman Minsky s’est intéressé à la prise de décision dans des environnements incertains. C’est le « moment Minsky » lorsque les investisseurs endettés sont contraints de vendre à tout prix leurs actifs. Pour Minsky, la stabilité engendre l’instabilité et le capitalisme ne peut se contenter de la stabilité. A ce titre, il est considéré comme l’un des pères de la régulation, seule capable de limiter la spéculation et d’assurer une croissance stable.

André Cartapanis, membre du Cercle des économistes, revient sur des textes de cet auteur.

Hyman Minsky (1919-1996) a été professeur d’économie à Brown University, à l’University of California, Berkeley, à la Washington University in St Louis, avant de terminer sa carrière au sein du cénacle post-keynésien que constitue le Levy Economics Institute of Bard College. Ses travaux, longtemps méconnus, et n’ayant malheureusement pas fait l’objet d’une traduction en français, proposent de poursuivre l’œuvre de Keynes en soulignant les sources endogènes d’instabilité financière et le rôle central des banques dans la montée des fragilités financières. La crise financière de 2007-2008 a pourtant réhabilité ses analyses et beaucoup aujourd’hui, notamment parmi les banquiers centraux, s’y réfèrent.

Car cette crise est une crise financière classique, au cœur des interactions entre cycle du crédit et prix des actifs qui fondent la dynamique de l’instabilité financière, dont la compréhension doit beaucoup à Minsky : lorsque l’état de confiance s’étend et que les taux d’intérêt restent inférieurs aux taux de profit espérés, les innovations financières se multiplient, le crédit alimente la croissance sans que les banques puissent toujours évaluer correctement la solvabilité des emprunteurs. L’emballement du crédit encourage à l’excès la spéculation, puis la hausse des prix d’actifs, ce qui alimente à nouveau le processus cumulatif. Car le risque (non-recouvrement des créances bancaires, effondrement des prix d’actifs) se trouve sous-estimé pendant les phases de boom et d’euphorie, ce dont témoignent, parmi les banques, la faiblesse des spreads, la croissance excessive des encours, l’inflation artificielle des collatéraux, la réduction des provisions. A l’inverse, ce risque se trouve surestimé dans les phases de ralentissement ou de retournement de l’activité économique. C’est en ce sens que les systèmes financiers peuvent engendrer, tout à la fois, des effets procycliques sur la production et une accentuation de l’instabilité financière, occasionnant quelquefois une prolongation des phases d’expansion mais aussi une augmentation de la sévérité et de la durée des retournements.

Cette lecture à la Minsky de l’instabilité financière s’applique parfaitement au scénario de la crise systémique qui se déclenche au cours de l’été 2007. Mais sa gestation remonte au début de la décennie 2000 et s’explique par le processus de surendettement, pourtant insoutenable, que les banques et les innovations financières ont rendu possible.

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