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La campagne présidentielle n’aborde pas les défis de l’avenir

On connaît l’ampleur des défis auxquels l’économie française devra répondre dans l’après-Covid. Le Rapport Blanchard-Tirole, remis à Emmanuel Macron en juin dernier, distingue trois enjeux majeurs. Tout d’abord, faire face au changement climatique ; répondre, ensuite, aux inégalités et à l’insécurité économiques; s’adapter, enfin, au changement démographique. En combinant analyses des faits, modélisations et types de réponses possibles, la plupart des faiblesses de l’économie française sont pointées. Citons la désindustrialisation et la décélération des gains de productivité, l’ampleur et les effets contreproductifs des inégalités individuelles ou territoriales, l’inadaptation des compétences et les difficultés du système scolaire, l’insuffisance des efforts de recherche, la question de la soutenabilité des régimes de retraite, un système fiscal injuste, la perception caricaturale des effets de l’immigration…

Transition énergétique, répartition des revenus, compétitivité… des programmes insuffisants

La campagne présidentielle devrait donc aborder ces défis, avec des réponses alternatives, de droite, du centre ou de gauche, soumises au jeu démocratique. Mais les avant-programmes des principaux candidats ne manquent pas de décevoir. Peu de choses sur le choc systémique de la transition énergétique qui exigera une reconfiguration des mobilités, de l’organisation du travail et des habitats, en dehors, pour les uns, de la relance du nucléaire, et, pour les autres, du développement accéléré des énergies vertes.

Peu de choses également sur les questions de répartition entre les revenus du travail et du capital, entre les jeunes et les seniors, entre Paris et la province, sur les inégalités de patrimoines, en dehors, pour les uns, d’un retour à l’ISF et, pour les autres, d’une flat tax. Enfin, peu de choses sur la compétitivité et la résilience de l’économie française face à la globalisation, en dehors, pour les uns, d’une taxe carbone aux frontières de l’UE, et, pour les autres, d’une préférence nationale sur les marchés publics ou d’une nouvelle réduction des impôts de production…

Un manque de cohérence d’ensemble

Toutes ces mesures ne sont pas dénuées de sens. Cependant, leur cohérence d’ensemble et leur efficacité économique ne sont guère explicitées. Quant aux chiffres annoncés (nombre de postes de fonctionnaires à supprimer, seuil d’endettement public en % du PIB, nombre de centrales nucléaires à construire, nombre maximum d’immigrés, âge de départ à la retraite), ils semblent tomber du ciel et l’on ne connaît pas les hypothèses retenues et les modèles permettant d’en prévoir les effets. Ce sont des narratifs, des marqueurs politiques faciles à mémoriser pour les électeurs indécis mais certainement pas à la hauteur des enjeux.

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