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La Chine tousse et le pétrole se grippe

Le sommet de l’OPEP+ des 5 et 6 mars 2020 réunissant à Vienne les 13 membres de l’OPEP et leurs 10 alliés, dont la Russie, s’est soldé par un échec des négociations. L’OPEP souhaitait en effet réduire la production de pétrole de 1,5 millions de barils par jour jusqu’à la fin de l’année 2020, mais la Russie s’y est opposée.

L’objectif de cette baisse coordonnée de la production de pétrole défendue par l’OPEP visait à réduire l’offre, excédentaire, et enrayer ainsi l’effondrement des prix du brut provoqué par le coronavirus. Les cours ont en effet chuté de près de 25% depuis le début de l’année 2020, tombant à moins de 50 dollars le baril. Comment expliquer une telle panique sur le marché du brut ?

Acteur majeur dans les importations mondiales de brut, la Chine représente près de 15% de la consommation totale d’or noir et compte pour 75% dans la croissance de la demande de pétrole. L’épidémie de coronavirus fait tourner l’économie chinoise au ralenti, et ses besoins en hydrocarbures se sont en conséquence fortement réduits. Ses importations de brut dégringolent, entraînant dans son sillage une réduction de la demande d’autres pays asiatiques comme la Corée, l’Inde ou le Japon. Le secteur des transports, et tout particulièrement l’aérien fortement consommateur de brut, voit lui aussi son activité baisser drastiquement depuis le début de la crise sanitaire. De multiples entreprises dans le monde étant dépendantes de la Chine, leur activité est directement impactée et les perspectives économiques mondiales sont revues à la baisse ; les prévisions de croissance enregistrant un recul de 0,5 point. Ce ralentissement économique mondial pèse fortement sur la demande de brut et tire ainsi le prix du baril vers le bas.

Dans un tel contexte, comment expliquer l’échec des négociations de l’OPEP+ ? Pourquoi l’OPEP s’est-elle heurtée au refus de la Russie ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’OPEP s’était engagée à assumer les deux-tiers de l’effort demandé en réduisant sa production d’un million de barils, le tiers restant étant à la charge des dix autres pays producteurs. Trois raisons principales sont à même d’expliquer l’absence d’accord signé à Vienne. Tout d’abord, la Russie est moins dépendante du pétrole que ne le sont les pays du Golfe, Arabie Saoudite en tête. Ainsi, un baril à 50 dollars ne remet pas en cause l’équilibre des finances publiques russes, assuré à partir d’un baril à 42 dollars, alors qu’il plonge l’économie saoudienne en situation de déficit budgétaire. Ensuite, une baisse de la production se traduit par des exportations moindres. Les recettes d’exportation de brut de la Russie seraient en conséquence réduites, un telle diminution étant en outre accentuée par la tendance à la dépréciation de la devise russe. Enfin, réduire la production revient pour la Russie à céder des parts de marché aux Etats-Unis qui alimentent le marché mondial avec le pétrole de schiste et à renforcer ainsi leur position de leader.

Dans un marché du brut déjà fortement excédentaire, l’échec des négociations de l’OPEP+ pourrait accentuer la dégringolade des cours. Cela sera d’autant plus probable si l’épidémie continue à se répandre au niveau mondial et si les Etats-Unis, premier producteur mondial de brut, ne resserrent pas les vannes concernant la production du pétrole de schiste. Les prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie révélées ce 9 mars renforcent  ce scénario puisque celle-ci anticipe une contraction de la demande de brut pour 2020, une première depuis la crise de 2009 ; l’Arabie Saoudite ayant de son côté décidé unilatéralement de réduire ses prix à la livraison.

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