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La dette, encore la solution en 2021 ?

Les propos d’Olivier Dussopt pour qui 2021 marquera la fin du « quoi qu’il en coûte » sonne comme un avertissement. La question de savoir jusqu’où s’endetter est naturelle pour tout acteur, public ou privé. La réponse n’est d’ailleurs pas forcément la même pour les deux secteurs. Elle dépend en premier lieu du niveau du taux d’intérêt auquel l’agent s’endette. L’Etat français a gagné de l’argent en 2020 en empruntant sur les marchés 260 milliards d’euros à un taux d’intérêt globalement négatif. En sera de même cette année ? Cinq facteurs plaident pour un statu quo.

D’abord, l’excédent d’épargne au niveau mondial par rapport aux besoins d’investissement est une constante depuis une trentaine d’année. Ensuite, la poursuite de rachats d’actifs de la part de la BCE au moins jusqu’à à la fin du premier trimestre 2022 rassurera les acheteurs de dette publique. L’accord sur le plan de relance européen de 750 milliards d’euros témoigne que dans cette crise, contrairement à la précédente, l’UE agit d’une manière groupée. L’élection à la direction de la CDU d’un centriste pragmatique, Armin Laschet, est de bon augure pour la direction de l’Allemagne les années prochaines. Enfin, l’inflation sur les biens et services n’est pas de retour avec une prévision d’inflation de 1% dans la zone Euro.

Ce tableau très favorable doit cependant être tempéré par quelques bémols qui pourraient faire remonter les taux en fin d’année. L’UE a commencé à emprunter sur les marchés en octobre et son émission, souscrite 13 fois, a été plébiscitée. Un concurrent à la dette française est apparu. Ensuite l’imposant plan de relance de Joe Biden de 1900 milliards de dollars pourrait contribuer à assécher quelque peu le marché. La présidentielle française pointe à l’horizon et les investisseurs se poseront la question de savoir si la politique d’intégration européenne de la France sera remise en question. La question du financement du déficit structurel de l’ordre de 5% creusé par l’augmentation des dépenses publiques dans différents domaines, santé, armée, police et justice, enseignement supérieur, retraites, etc…, pose des problèmes épineux dans un pays où le poids des impôts est élevé. La question des modalités d’un retour crédible à des finances publiques équilibrées, même dans un contexte de taux bas, est posée.

Plus globalement, les marchés pourraient commencer à s’interroger, si dans notre lutte contre la Covid, le monde est bien dans une situation analogue à celle de 1945, où la victoire est à portée de vue, ou bien plus comparable à celle de 1944, voire à 1943, où l’espoir change simplement de camp. Cette question, évidemment importante pour les émissions de dette publique, devient capitale pour la dette privée. Si un Etat peut faire défaut, il ne peut pas disparaitre, à l’inverse d’une entreprise. Si le recours à la dette peut lui permettre d’enjamber une crise courte, elle contribue à creuser sa tombe en cas de crise prolongée. Dans nombre de cas de figures, la solution est l’augmentation ou la restructuration du capital en se faisant absorber par des entreprises plus solides. Le manque de capitaux propres des entreprises françaises constitue dès lors un handicap considérable. La recapitalisation de nos entreprises dans certains secteurs sinistrés est le sujet de cette année. La mobilisation de l’épargne nationale, fait partie des solutions, ainsi que l’appel aux capitaux étrangers.

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