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La France doit retrouver l’envie de produire

La France a eu tort de négliger son industrie au profit des services.

Cela fait des décennies que nous nous perdons dans des débats idéologiques sur la politique et le patriotisme industriels. Si seulement nos résultats avaient été à la hauteur de nos investissements intellectuels !

Malheureusement, depuis 15 ans, les résultats de l’industrie française continuent de se dégrader d’année en année à un point tel que l’on pourrait penser que ce déclin est inéluctable. Entre 2000 et 2017, le poids de l’industrie manufacturière dans l’économie est passé de 14 % à 10 % du PIB. Dans le même temps, l’industrie ne représente que 11 % de l’emploi salarié et – triste signe des temps -, sur les 268.000 emplois créés, en 2017 seuls 1.100 l’ont été dans l’industrie. Enfin, le pire concerne la balance des échanges, qui atteint 44 milliards d’euros de déficit en 2017.

Révolution technologique et mondialisation

En résumé, on ne peut que s’attrister de ce déclin. Est-ce définitif ? Peut-être pas, mais il nous faudrait un diagnostic parfait et une situation mondiale favorable. Sur le premier point, l’idée sous-jacente à notre politique est que le rebond de l’économie passera par l’unique biais de la révolution technologique en cours, de l’entrepreneuriat et des start-up. Certes, tous ces développements sont remarquables, mais il n’est pas juste de penser que notre avenir se résume à être une « start-up nation ».

En réalité, les innovations du numérique, de la robotique, del’intelligence artificielle sont fondamentales pour la croissance et l’emploi, mais largement insuffisantes. Il faut comprendre que nous faisons face à un double problème. A l’exception de quelques segments d’activité, luxe, pharmacie, les sous-segments de l’énergie et des transports, les secteurs porteurs de croissance sont très peu nombreux. Il est souvent dit, à juste titre, que l’on produit en France au prix de l’Allemagne, des biens et services de gamme moyenne, analogues par exemple aux productions espagnoles.

Quant à la situation mondiale, bien entendu la globalisation ne sera pas jetée aux oubliettes, mais elle sera amendée. Ce transfert massif de toutes nos activités industrielles vers les pays émergents et le séquencement de la chaîne de valeur dans de nombreux pays reposant sur les avantages comparatifs de chacun d’entre eux ne vont pas disparaître mais vont être en partie modifiés.

Projet industriel

Bien entendu, il faut continuer à encourager l’investissement vers les start-up, car cela dynamise notre économie, mais, au fond, ce n’est qu’un bout du sujet, car c’est l’investissement dans tous les pans de l’industrie qu’il faut soutenir. En cela, l’initiative du CICE inspirée du rapport Gallois a été essentielle, mais il faut aller plus loin, allier automatisation et innovation dans tous les secteurs industriels implantés en France.

Au-delà des mesures de compétitivité, c’est notre ambition qu’il faut faire évoluer. En effet, depuis 30 ans, on a vécu sur l’idée implicite que nous deviendrions un pays spécialisé dans les services et que l’industrie serait l’apanage des pays en développement. C’est cette conception de notre avenir qu’il faut revoir. Cela passe par de multiples canaux, formation, rémunération, discours politique sur l’industrie dans les territoires, mais également par l’idée de grands projets européens qui font rêver, comme dans l’aéronautique et le spatial et des lieux de pouvoir qui organisent cette volonté.

Il ne s’agit en aucun cas de revenir à une politique colbertiste mais de redonner au projet industriel ses supports fiscaux, administratifs, pourquoi pas un ministère compétent et de promouvoir un vocabulaire prospectif sur la répartition de la valeur ajoutée dans le monde. En un mot, il faut retrouver l’envie de produire et mettre en scène les messagers de ce discours d’avenir.

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