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La guerre des capitalismes aura lieu

couv_guerre des capitalismesL’intrusion des fonds souverains dans le capital des grandes banques est un signe qui ne trompe pas : Russes, Chinois, Saoudiens sont lancés à l’assaut des places fortes américaines, anglaises et bientôt européennes tout entières. Au lieu du capitalisme mondial pacifié que l’on nous promettait après la chute du mur de Berlin et de l’URSS, la guerre des capitalismes est notre horizon de court terme.
Dans l’esprit et la manière qui ont fait le succès de leurs précédentes publications, notamment Un monde de ressources rares, Le Cercle des économistes a entrepris de décortiquer les menaces, les formes et les enjeux de ce conflit. Pas par goût du catastrophisme, mais parce que la concurrence des modèles, leur confrontation sont autant une chance qu’un risque majeur pour la planète.

Sous la direction de Jean-Hervé Lorenzi

Editions Perrin : 14,80 €
ISBN : 978-2-262-02783-4

Introduction

La guerre des capitalismes aura lieu ; telle est la thèse audacieuse de ce livre. L’espoir collectif, planétaire, invente d’harmonieuses convergences vers un monde où peuples et individus seraient capables d’allouer les ressources mondiales de la manière la plus efficiente et la plus équitable possible. Cet espoir fait bon marché de la dégradation environnementale, de l’abandon dans lequel se retrouvent deux milliards d’hommes. Il occulte des tensions qui existent déjà et qui se renforceront dans les années à venir entre les grandes puissances émergentes et celles qui ont eu le privilège de l’Histoire. C’est donc pas à pas que nous allons tenter, dans cet ouvrage, de corriger certaines visions simplificatrices et d’envisager des pistes de résolution de conflits dont il n’est pas difficile d’imaginer la gravité et le coût.

La guerre des capitalismes aura lieu ; telle est la thèse audacieuse de ce livre. L’espoir collectif, planétaire, invente d’harmonieuses convergences vers un monde où peuples et individus seraient capables d’allouer les ressources mondiales de la manière la plus efficiente et la plus équitable possible. Cet espoir fait bon marché de la dégradation environnementale, de l’abandon dans lequel se retrouvent deux milliards d’hommes. Il occulte des tensions qui existent déjà et qui se renforceront dans les années à venir entre les grandes puissances émergentes et celles qui ont eu le privilège de l’Histoire. C’est donc pas à pas que nous allons tenter, dans cet ouvrage, de corriger certaines visions simplificatrices et d’envisager des pistes de résolution de conflits dont il n’est pas difficile d’imaginer la gravité et le coût.

Jusqu’en 1989, l’opposition entre deux modèles homogènes – capitalisme et socialisme – prévalait dans l’analyse économique. Mais la chute du mur de Berlin a consacré l’apparente victoire du modèle capitaliste tel qu’il ressortait des préconisations du « consensus de Washington ». Il a été progressivement admis que l’économie de marché s’était totalement et définitivement imposée, créant ainsi les conditions pour l’émergence d’un capitalisme mondial. Le capitalisme a triomphé, mais surmontera-t-il sa victoire ? Existe-t-il ou non des capitalismes divers ? Sont-ils convergents, sinon selon quelles modalités peuvent-ils cohabiter ? La domination du capitalisme anglo-saxon n’est pas une certitude. C’est sans doute une pluralité de capitalismes qui s’imposera. Les économistes doivent s’interroger sur les conséquences de cette diversité durable. Même si les capitalismes, aujourd’hui comme hier, se nourrissent de valeurs communes, rien ne permet d’assurer que leur concurrence ne créera pas des tensions difficiles à surmonter. Le capitalisme a pour noyau dur la propriété privée des moyens de production, la coordination par les marchés et le respect des droits de propriété. Au-delà, il prend des formes très différentes. Ainsi, l’économie sociale de marché, longtemps caractéristique de l’Europe continentale, donne-t-elle un rôle aux parties prenantes – Etat et syndicats notamment – dans la conduite des affaires et attend de l’Etat qu’il corrige les inégalités. Le libéralisme anglo-saxon, lui, met l’accent sur la responsabilité de chacun, dans la richesse ou la misère, et sur la liberté de circulation des hommes, des biens et des capitaux. Le contrôle de l’Etat sur les entreprises est faible dans les pays anglo-saxons, important en France, fort en Russie ou en Chine, deux pays qui ne s’affichent pas comme capitalistes, mais qui de fait le sont devenus. Ailleurs, le capitalisme familial, largement implanté, se préoccupe, plus que d’autres formes de capitalisme, de long terme et de

pérennité. Au-delà, aucune économie ne peut aujourd’hui faire abstraction de l’émergence des nouvelles formes de capitalisme que représentent les hedge funds ou le private equity, maniés avec une grande dextérité notamment par les pays émergents. Le tableau est complexe, incertain et la règle de la convergence entre ces différentes formes n’est pas assurée.

Les logiques de développement de ces modèles diffèrent en effet profondément. Certes, chacun d’entre eux souhaite obtenir une rentabilisation forte de ses actifs ; mais ce qui compte, c’est de savoir s’il s’agit d’un objectif unique ou s’il est amendé par d’autres impératifs. En d’autres termes, le capitalisme paraétatique adopte une stratégie de puissance : l’Etat y est le propriétaire dominant. Cela permet d’imaginer les tensions à venir, au-delà du fait que certaines prévisions indiquent que les pays émergents pourraient représenter les deux tiers du PIB mondial dans une vingtaine d’années, c’est-à-dire retrouver le niveau qui était le leur au début du XIXe siècle. Ces Etats désormais puissants sont une menace potentielle pour l’accès aux ressources rares et pourraient mettre la main sur le fonctionnement des marchés financiers traditionnels. C’est pourquoi une globalisation financière régulée pourrait avoir des vertus pacificatrices.

Les capitalismes mutent dans des directions que personne n’avait anticipées mais ils sont condamnés à coexister. Certes, il y a des forces de convergence, notamment sous la pression des marchés financiers. Mais il y a aussi, évidemment, une concurrence entre capitalismes vouée à entraîner une forme de sélection naturelle. Le modèle dominant ne sera pas forcément le plus efficace, ni le mieux accepté socialement. La coexistence pacifique des capitalismes n’est donc pas garantie. Pourtant, parce que le progrès naît de la différence, parce que l’économie doit respecter la diversité des valeurs, parce que nous croyons au rôle positif de la concurrence, nous pensons que la diversité des capitalismes est une chance. Mais nous craignons que leur coexistence ne suscite des tensions croissantes et peut-être un jour ne déclenche des conflits. La première mondialisation, qui avait vu un développement sans précédent des échanges et du bien-être, s’est brisée en 1914.

Surtout, l’absence d’une autorité supranationale pour organiser cette coexistence est cruellement ressentie. La gouvernance mondiale est aujourd’hui insuffisante. Dans nombre de domaines, comme l’environnement, la concurrence ou la propriété intellectuelle, il n’existe pas d’autorité globale. De plus les institutions existantes comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale manquent de légitimité politique. Au total, il n’y a pas de règles du jeu communes aux différentes formes de capitalisme. Une entreprise chinoise peut lancer une OPA hostile avec de l’argent public, en Europe, c’est presque impossible. L’Europe s’interdit de manipuler la valeur de sa monnaie. Le Japon ou la Chine le font en utilisant leurs réserves de change, les Etats-Unis par l’influence économique qu’exercent les déclarations de ses dirigeants.

Les institutions internationales doivent donc être profondément réformées pour devenir plus légitimes et mieux intégrer les interactions entre les différentes dimensions de la politique économique. L’enceinte pertinente pour discuter des politiques économiques mondiales serait un L-20 prenant la forme d’une réunion régulière des chefs d’Etat et de gouvernement des vingt grands pays développés et émergents. Il pourrait notamment travailler à la réforme des institutions spécialisées tout en élargissant leur représentativité, mais aussi à la définition d’un socle de règles communes minimales dans les domaines du droit des entreprises, de la concurrence, de la propriété intellectuelle, du contrôle des capitaux. Il importe également de faire mieux respecter les règles du jeu existantes. Aujourd’hui, chacun sait que ce n’est pas vraiment le cas. Il faut donc se donner des moyens véritables en créant une gamme de

sanctions graduées, comme c’est le cas pour l’OMC, pour les pays qui ne respectent pas les règles sur l’ensemble des thèmes évoqués. Peut-être faut-il imaginer une organisation spécifique destinée à instruire et éventuellement sanctionner dans des processus adaptés, par leur vigueur et leur rapidité, à cette nouvelle mondialisation. Nous pensons également qu’il faut défendre le modèle auquel nous croyons. Ce modèle est celui de l’Europe continentale : une économie de marché qui bénéficie de la stabilité des règles de droit, qui consulte et implique l’ensemble des parties prenantes et dont les conséquences les plus injustes sont corrigées par un système de redistribution efficace sans pour autant étouffer l’économie. Il faut mettre l’Europe au coeur de l’élaboration des normes mondiales. Elle dispose d’un corpus cohérent et commun de normes pour la régulation de l’ensemble des marchés. Il est temps qu’elle affirme ses positions dans les négociations mondiales portant sur les domaines tant financiers que comptables et environnementaux, ou dans celui de la protection des individus. Il importe aussi d’initier des règles de réciprocité systématique. S’il s’avère que la vision optimiste d’une régulation mondiale ne peut être mise en oeuvre, nous demandons que soient conçues, discutées, établies ces règles de réciprocité systématique. Dans le cas où nos partenaires ne respecteraient pas nos règles, et seulement dans ce cas, nous devons pouvoir nous protéger. Cela peut se traduire, par exemple, par le blocage des participations majoritaires en provenance de pays qui, dans les secteurs concernés, n’appliquent pas de règles de réciprocité.

Ne l’oublions pas, il reste deux milliards d’êtres humains oubliés, pour qui le mot capitalisme n’a aucun sens. C’est le défi, en ce début de XXIe siècle, de les y intégrer. Cela implique de les aider à asseoir une économie suffisante pour leurs besoins fondamentaux, mais en même temps de créer les institutions nécessaires, là comme ailleurs, à l’émergence du capitalisme

 

Sommaire

Introduction

CHAPITRE I : LA VICTOIRE EN TROMPE-L’OEIL DU CAPITALISME ANGLO-SAXON

1. L’extension du modèle « anglo-saxon » 2. Les obstacles à la victoire du capitalisme anglo-saxon

 

CHAPITRE II : UN DEBUT DE SIECLE SOUS TENSION

1. Un même capitalisme dans tous les pays industriels 2. Le meilleur des mondes possibles

3. Le modèle américain sur une mauvaise pente

4. Plaidoyer pour une histoire longue

 

CHAPITRE III : LE CAPITALISME FINANCIER EN QUETE DE CONVERGENCES

1. La globalisation financière va-t-elle réduire la diversité des capitalismes ? 2. Les paradoxes de la relation entre globalisation financière et croissance

3. La globalisation financière, terrain d’affrontement des capitalismes

 

CHAPITRE IV : LA BATAILLE DU CAPITAL

1. La crainte devant « l’actionnariat émergent » 2. L’entreprise a-t-elle encore une nationalité ?

3. Une lutte acharnée pour les parts de marché

 

CHAPITRE V : DE NOUVEAUX ACTEURS MENENT LE JEU

1. La grande peur des fonds souverains : idées fausses et vrais enjeux 2. Les hedge funds sont-ils porteurs d’un risque systémique ?

3. Quel avenir pour le private equity ?

 

CHAPITRE VI : UN MONDE EN LUTTE POUR LES RESSOURCES RARES

Pétrole, eau, capital humain : des enjeux planétaires  

CHAPITRE VII : L’EUROPE AU COEUR DU NOUVEAU CAPITALISME

1. Les modèles sociaux européens sous tension 2. Capitalisme global et diversité des sociétés : les défis européens

 

CHAPITRE VIII : CHANGER LES REGULATIONS AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD

 

1. Sept ans après Enron : le nouveau visage des capitalismes 2. Le droit pour adoucir la guerre

3. Les enjeux d’une gouvernance rénovée

 

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