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La high-tech européenne, « in » ou « out » ?

La hight tech européenneAlibaba, le géant de l’e-commerce chinois, a levé en quelques heures 25 milliards de dollars à Wall Street à la mi-septembre. Cette entreprise existe depuis quinze ans seulement et emploie déjà 25.000 salariés. C’est la plus importante introduction en Bourse de l’histoire, reléguant ainsi Facebook et ses 16 milliards loin derrière – et sans commune mesure avec l’introduction, au début du mois, de l’entreprise allemande d’e-commerce Zalando pour 605 millions d’euros.

L’appétit des investisseurs pour les entreprises technologiques semble donc toujours aussi fort. Il faut dire que peu de secteurs ont des entreprises capables de faire progresser leurs bénéfices de plus de 25 % par an en moyenne, à l’instar de Google. Les sociétés high-tech dominent le marché financier, mais l’Europe et la France semblent marginalisées dans ce secteur pourtant éminemment porteur, créant des milliers d’emplois qualifiés tant dans l’industrie que dans la recherche. Selon l’OCDE, sur les 250 principales entreprises spécialisées dans les TIC (technologies de l’information et de la communication), on dénombre seulement 10 firmes françaises, contre 49 japonaises et 82 américaines.

L’Europe représente pourtant un quart du marché mondial en termes de consommation, environ 650 milliards de dollars. Les grandes firmes comme Google, Amazon ou Apple l’ont bien compris en venant s’installer dans des semi-paradis fiscaux européens comme l’Irlande ou le Luxembourg, pour ainsi se rapprocher de leur clientèle. Huit groupes européens seulement figurent parmi les 100 premières entreprises de ce secteur en 2014, 4 de moins qu’il y a deux ans : l’écart semble alors se creuser. Certes, sur certains marchés de niche la France tire néanmoins son épingle du jeu, avec deux leaders mondiaux comme Gemalto pour l’identité numérique et Dassault Systèmes pour les logiciels 3D.

Ce retard de l’Europe – et de la France en particulier – est préoccupant, car ces entreprises qui opèrent dans les nouvelles technologies jouent un rôle majeur dans la création d’emplois et dans l’apport de solutions pour améliorer l’efficacité et la compétitivité de nos entreprises. Mais au-delà de cet aspect économique, elles ont aussi un rôle fondamental dans le fonctionnement, l’avenir et l’indépendance de nos sociétés, compte tenu de leur influence sur tous les aspects de la vie sociale et culturelle.

Tout ce qui touche la communication entre les hommes, les institutions et les entreprises est essentiel pour la souveraineté nationale. Il est donc temps de susciter un réel sursaut européen pour éviter, comme c’est actuellement souvent le cas, que nos talents s’expatrient dans des pays où les entreprises innovantes proposent des conditions de travail et financières bien plus attractives que chez nous. Pour éviter une marginalisation, qui serait dramatique dans le cadre de la mondialisation, il faudrait commencer par revoir les politiques de soutien à la recherche et consacrer à cette activité des budgets bien supérieurs. En France, par exemple, nous dépensons 1 point de PIB de moins pour la recherche que les Etats-Unis et 1,5 de moins que le Japon. Pour atteindre un niveau similaire au leur, il faudrait augmenter les montants alloués à la recherche de 20 à 30 milliards d’euros chaque année. Dans la loi de finances 2015 de la France, le budget de la recherche attribué aux universités est inférieur à 8 milliards d’euros, en augmentation de 6 millions par rapport à l’année dernière, un effort très insuffisant. Le cadre juridique devrait aussi être revu pour créer un environnement plus favorable au financement du capital-risque, encore trop souvent malmené.

Le secteur high-tech domine à présent l’activité économique et a changé l’économie mondiale des quinze dernières années. Ce n’est donc pas un hasard si les plus grosses capitalisations boursières mondiales sont désormais des valeurs technologiques. Aujourd’hui, le numéro un reste Apple, avec ses 472 milliards de dollars de capitalisation. Google a délogé cette année Exxon Mobil de la deuxième place, suivi par Microsoft Corp. à la quatrième. C’est une nécessité vitale de veiller à rester dans la course mondiale dans ce secteur, non seulement parce qu’il représente près de 6 à 7 % du PIB mondial, mais surtout parce qu’avec la présence d’entreprises françaises dans ce secteur, c’est la garantie de notre indépendance nationale qui est en jeu, la perspective de débouchés pour la jeunesse et l’un des plus importants vecteurs de croissance.

 

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