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La jeunesse, grande oubliée de l’élection présidentielle

A la sortie de la pandémie de Covid-19, dans quelques mois, la question du vieillissement reviendra comme centrale. A ce moment-là apparaîtront comme grands absents et grandes victimes des politiques sanitaires, les 11,5 millions de jeunes qui ont entre 15 et 29 ans.

Car oui, cette part importante de la population a été particulièrement isolée, précarisée, traumatisée car très fragile, puisqu’encore trop peu connectée au tissu social et économique. Quelle erreur quand on sait que les jeunes sont le plus grand atout pour contrebalancer et permettre à cette société confrontée au vieillissement, de rebondir. C’est bien connu, les effets du vieillissement sont très significatifs sur le ralentissement de la croissance. Tout d’abord car les dépenses liées au vieillissement, aux retraites et à la santé, accroissent la part du montant des prélèvements sociaux. Deuxième évidence, l’innovation est le fait de la jeunesse plus que des générations âgées. Enfin, l’épargne, largement entre les mains des plus de 60 ans, a tendance à être averse aux risques et donc au financement de l’innovation.

Les dispositifs en faveur des jeunes sont nombreux, mais loin d’être suffisants

La jeunesse est pourtant l’un de nos principaux atouts, puisque notre dynamique démographique est très supérieure à celle de nos voisins européens. Comment justifier l’absence de propositions faites à ces jeunes qui détiennent pourtant les clefs des transformations nécessaires à notre société ? Soyons justes, les dispositifs mis aujourd’hui à la disposition de cette génération sont nombreux mais loin d’être suffisants. Le défi est immense.

Avec le plan « 1 jeune, 1 solution », mis en place suite à la crise, ou encore le récent Contrat d’Engagement Jeune, le gouvernement a essayé de répondre à ces enjeux. Mais qui parle de logement, qui parle de la requalification de ces 1,5 million de NEETs, jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation. Qui parle de la pauvreté ? Qui évoque ce jeune sur quatre qui pendant le premier confinement a été contraint de sauter un repas par jour ?

On s’est beaucoup concentré sur le RSA jeunes, mais la discussion légitime, et chacun le sait, et la première des difficultés que connaît la France pour accompagner sa croissance potentielle c’est la faiblesse de la qualification de la population et évidemment en premier lieu les difficultés que connaissent les trois cycles de formation. Bravo à l’accroissement du nombre d’apprentis mais il nous faut très largement repenser nos formations. On ne peut souhaiter une réindustrialisation de notre pays sans revaloriser l’ensemble de tout ce qui concerne l’accès aux formations technologiques de tous niveaux.

« Une discussion assez surréaliste sur les droits de succession »

Notre contrat social tel qu’il fut conçu au sortir de la seconde guerre mondiale est intragénérationnel et en aucun cas intergénérationnel. Le dernier exemple en est cette discussion assez surréaliste sur les droits de succession. Non pas qu’il soit illégitime d’en parler mais où est la voix de la jeunesse alors que chacun sait aujourd’hui qu’une large partie des successions se fait entre la quatrième et la troisième génération, c’est-à-dire entre les plus de 75 ans et les plus de 50 ans.

Pourtant ce sont bien les jeunes qui ont besoin d’accéder au logement, qui doivent se former, qui doivent pouvoir développer des aventures entrepreneuriales. Il nous faut renouveler le dialogue social en y intégrant en priorité les rapports entre générations. Pour cela il faut dialoguer dans les semaines qui viennent avec l’ensemble des jeunes sans tabou, sans renouveler les clivages habituels du dialogue social. Pour cela une initiative originale « Discuter, Agir, Changer – Jeunesse 2022 » est lancée réunissant de multiples acteurs pour discuter avec des centaines de milliers de jeunes qui a pour objectif de réintroduire la question de la jeunesse dans le débat présidentiel et d’irriguer les 22ème Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence dont le vaste et dynamique intitulé est : « Réussir les transformations du monde ».

 


 

Jean-Hervé Lorenzi est président des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, Marion Joubert est directrice éditoriale du Cercle des économistes.

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