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La politique familiale, un outil à manier avec précaution

La politique familialeLes débats actuels sur la famille mettent en jeu la France des trente prochaines années sur la base de calculs budgétaires qui nous mènent à la fin du quinquennat. Déjà la France s’endette à 10 ans, évidemment renouvelables, sans penser à son désendettement. Pour cela, il faudra bien réduire la dépense publique en modernisant le pays, sans invoquer la menace de l’austérité pour ne rien oser faire de significatif. Partout il faudra soutenir la croissance, renforcer notre potentiel de production.

Le capital humain détermine le capital. Les pays qui réussissent le savent : ils se projettent à très long terme, débattent, en tirent leur stratégie, l’exposent et la mettent en oeuvre de manière cohérente. En France, pour soutenir la croissance potentielle, il faut partir du travail humain compétitif privé. Il dépend d’abord de la natalité. Un pays en décroissance désespère ses jeunes, n’attire ni créateurs ni pionniers. Mais il ne s’agit pas de soutenir, voire d’accroître, le taux de natalité sans offrir aux jeunes une vraie vie, avec ses espoirs, ses succès et le moyen de rebondir si les choses ne se passent pas comme prévu. Il faut des jeunes formés aux métiers de demain, puis constamment. Investissement et R&D ne sont que des supports physiques de la croissance. Ils ne prennent sens économique, autrement dit ne se mettent en place, qu’avec une formation adéquate des salariés tout au long de leur vie. A fortiori si la retraite est prévue à 67 ans. Formation initiale adaptée, formation vraiment permanente, suivi dans l’emploi, incitations pour des carrières enrichies, aides et pressions pour s’adapter, si nécessaire, à un nouveau métier : c’est la réalité de la concurrence et de l’incertitude que tout le monde connaît. Encore faut-il avoir le courage de se donner les moyens de réussir dans le choc technologique et concurrentiel que nous vivons. Regardons les succès français des start-up, PME, ETI et grandes entreprises. C’est cela qu’il faut partout encourager, fédérer, populariser, régionaliser. Il faut avoir le courage de dire aussi que nos prévisions sur l’équilibre des systèmes de retraite par répartition n’ont de sens qu’avec des hypothèses plausibles sur la croissance potentielle. Faute de quoi, un autre drame se prépare.

Courage aussi de dire que, pour investir plus, il faut que les entreprises gagnent plus. Le crédit suit l’autofinancement et le capital-risque. Il ne les remplace pas, moins que jamais dans notre économie de la connaissance. Et pour que l’entreprise avance plus, il faut aujourd’hui qu’elle avance bien plus vite, prenne plus de risques, ce qui implique qu’on assouplisse ses conditions de croissance (seuils sociaux), renforce la mobilité de la main-d’oeuvre et ses conditions de rémunération et d’intéressement. La vie (économique) est une aventure, plus que jamais.

A long terme Keynes est mort depuis longtemps, pas Schumpeter, moins encore Braudel. Opposer « économie de l’offre » à « économie de la demande », Keynes à Schumpeter, « droite » à « gauche » dans notre imaginaire économico-politique, n’a aucun sens à 30 ans. A long terme, une économie qui réussit, c’est un groupe qui forme des anticipations stables autour d’un contrat social. Ce qu’on appelle comptablement « les classes moyennes » forme en vérité la colonne vertébrale d’une société. Elles lui donnent sa dynamique, c’est « l’ascenseur social », sa stabilité, par leur nombre et ses ressources, par l’impôt. En réduire le poids économique, social et moral c’est abaisser les projections dans lesquelles chacun de nous s’inscrit, au plus profond.

La politique familiale est stratégique. Assurantielle, elle procure des compléments de revenus qui aident aux choix fondamentaux des familles dans la durée. On retrouvera plus tard ces revenus, augmentés, dans le cycle de vie des familles. Ils financent alors les structures publiques, avec la contribution croissante de chacun en fonction de ses ressources. Les rapports entre privé et public, entre assurance donnée dans les prestations familiales et progressivité des taxations, sont en question, sans qu’on en parle sérieusement. Déréglés, ils peuvent faire partir les plus aisés, les plus mobiles et aventureux, pour augmenter le nombre des jeunes peu ou pas formés, quadras inquiets et seniors aigris, dans des familles paupérisées, même subventionnées. On nous dira la croissance que ceci donne dans trente ans.

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