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Dans l’attente du Brexit, l’été s’annonce chaud sur les marchés

1c49cf8ef5342e4c7d67b96076d422d6-627x356Une période d’incertitude s’ouvre au lendemain du referendum britannique sur le Brexit. La nouvelle Première ministre, Theresa May, est attendue au tournant. Christian de Boissieu explique pourquoi les marchés financiers vont rester sous tension pendant de longues semaines encore.

Theresa May a parfaitement réussi son arrivée au poste de Premier Ministre du Royaume-Uni. En invitant les « chefs » du Brexit, Boris Johnson et David Davis, à assumer leurs responsabilités. En rassurant les électeurs britanniques sur sa volonté d’aborder  la question des inégalités.  Joli contrepied par rapport au gouvernement de David Cameron et au parti conservateur dont elle est membre.

Même les travaillistes britanniques, lorsqu’ils étaient aux manettes, ne sont pas allés aussi loin, n’ont pas été aussi explicites que Madame May lorsqu’elle dénonce les injustices sociales « criantes », qu’elle affirme sa volonté de ne pas gouverner pour « quelques privilégiés ». En tout cas dans  les mots, la possible nouvelle dame de fer se situe aux antipodes de Madame Thatcher !

Les marchés financiers ont salué l’audace ainsi affichée. Pas d’emballement pour autant. Car la détermination de la nouvelle occupante du 10 Downing Street ne peut masquer la multiplicité d’incertitudes qui subsistent et qui vont peser sur la croissance, sur les marchés et la livre sterling.

Incertitude politique d’abord. L’attelage formé de pro et d’anti-Brexit, de libéraux purs et durs et de conservateurs plutôt keynésiens, va forcément tanguer, y compris lorsqu’il va s’agir de mettre en œuvre le  discours social de Madame May.

Incertitude aussi sur la politique économique des prochains mois. Face à la récession qui se profile, la Banque d’Angleterre pourrait abaisser son taux directeur, alors qu’il  y a quelques mois les marchés s’interrogeaient sur un possible relèvement de ce taux. Le nouveau Chancelier de l’Echiquier écarte l’austérité de David Cameron, mais le flou budgétaire et fiscal ne sera dissipé par la nouvelle équipe qu’à l’automne.

L’accélération du calendrier politique du côté britannique ne signifie pas l’accélération dans la réalisation concrète du Brexit. Tant que le  gouvernement n’aura pas déposé la lettre de sortie de l’UE, le délai de 2 ans prévu par l’article 50 du traité de l’UE ne commencera pas à courir… Et la négociation peut déboucher sur des statuts très différents pour le Royaume-Uni, en termes d’ouverture commerciale, d’accès plus ou moins aisé au marché unique, etc.

On se doute bien que les Britanniques vont essayer de conserver les avantages du marché unique tout en contestant l’une de ses composantes : la libre circulation des personnes. Mais l’UE devra faire le tri entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Quant à estimer dès aujourd’hui les conséquences du Brexit pour la croissance de la Grande-Bretagne et celle du reste du monde, cela n’a pas grand sens tant que l’on ne connaît pas l’issue de ces négociations !

En conclusion, malgré l’habileté et la détermination de Madame May, la livre sterling et les marchés financiers vont rester sous pression pendant tout l’été, période souvent périlleuse pour la finance. C’est bien sûr moins grave  que le drame de Nice,  mais c’est un élément de plus dans la barque déjà bien chargée des incertitudes lourdes.

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