Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Le débat économique a été esquivé

La pandémie puis la guerre et le drame en Ukraine ont contribué à évincer les questions économiques de la campagne présidentielle. Pas de réels débats sur les projets, au mieux des échanges sur les modalités.

Un débat essoufflé par l’actualité

D’autres facteurs expliquent cet état de fait. On peut citer, pêle-mêle, le sentiment fallacieux qu’avec le recul du chômage le défi de l’emploi, même pour les jeunes, est en voie de résolution ; la croyance d’une reprise post-Covid solide, alors que 2021 a connu surtout une croissance de rattrapage ; l’espoir, désormais évanoui, que l’inflation ne soit qu’une « bosse », à même de se dégonfler rapidement ; la foi dans la prolongation, sous une forme ou sous une autre, du « quoi qu’il en coûte », renvoyant à un horizon indéterminé la maîtrise pourtant incontournable des déficits et des dettes publiques.

Tous ces présupposés expliquent mais ne justifient pas la disette du débat économique français, pas plus que ne le justifient les grandes difficultés de la prévision à court terme par ces temps d’incertitude fondamentale, de choc énergétique et de choc alimentaire majeurs. Nous avons droit à quelques escarmouches sur la fiscalité des successions, sans vision d’ensemble des liens entre réforme fiscale, croissance et lutte contre les inégalités. Pratiquement rien d’éclairant sur la réforme de l’État, le logement, les ambitions de la réindustrialisation, la santé, l’enseignement supérieur et la recherche…

Transition énergétique et écologique, présente mais survolée

Certes l’incontournable transition énergétique et écologique fait partie des quelques thèmes abordés. Mais la question centrale des relations entre l’exigence de sobriété et le modèle de croissance a-t-elle été posée ? Certes, le choc sur les prix énergétiques et alimentaires et la menace de stagflation mettent les banques centrales dans l’embarras, et accélèrent la « normalisation » des taux d’intérêt. Traite-t-on vraiment, dans le débat public et de manière non technique, de la soutenabilité ou non des dettes dans le nouveau contexte monétaire et financier qui se dessine ?

La réforme de l’État est la mère de toutes les réformes, encore plus que celle des retraites. Pourtant, elle est absente du débat et de l’action publique depuis des années. Il existe une condition nécessaire pour avancer dans la maîtrise à retrouver des finances publiques : progresser dans la mesure de l’efficacité des différentes dépenses publiques, ce qui suppose de faire converger une volonté politique et une bonne méthodologie.

Autres thèmes en haut de la liste : s’assurer, après la crise sanitaire et avec la crise alimentaire, que l’Afrique va faire l’objet de toutes les attentions ; redéfinir les règles budgétaires dans la zone euro ; et fixer les nouvelles ambitions et les potentialités de l’Europe à la lumière du drame ukrainien.

Relançons le débat économique

Pour la préparation des Rencontres d’Aix-en-Provence 2022, le Cercle des économistes va publier rapidement une trentaine de notes rédigées par des experts attitrés, afin d’éclairer les sujets précédents et beaucoup d’autres. Il s’agit d’alimenter un débat aujourd’hui largement évité, sans oublier certains aspects transversaux qui nuisent à la qualité des joutes économiques.

Ainsi, la pratique de l’évaluation des politiques publiques est structurellement insuffisante dans notre pays. Un exemple parmi beaucoup d’autres, qui débouche sur un souhait : que l’éventuelle nouvelle réforme de l’assurance-chômage ne soit pas concoctée avant que les effets de la précédente réforme ne soient évalués. Une exigence de portée très générale…

 


 

Christian de Boissieu, vice-président du Cercle des économistes

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