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Le travail en quête de nouvelles protections

Le monde du travail a fondamentalement changé au cours de la décennie écoulée. Avec la digitalisation, l’élévation des compétences, le déclin du statut salarié, le développement de l’entreprenariat, la mobilité géographique croissante, la remise en cause des lignes hiérarchiques, la montée des décisions collectives, la multiplication des contraintes professionnelles, la responsabilisation croissante du travail, la généralisation des rémunérations variables, la redistribution croissante, la multiplication des horaires à la carte, le développement du télétravail… le statut classique du salarié, qui a fait le quotidien de nos anciens, ne fait plus recette.

Faut-il pour autant en tirer la conclusion que nous entrerions dans un âge d’or du travail où chacun se trouverait traité selon ses besoins ? Certes, les mutations du travail correspondent à des aspirations réelles du monde du travail. Mais, avec elles sont aussi apparus de nouveaux risques : la multiplication des incitations à l’inactivité, la montée de l’exclusion du marché du travail, les difficultés croissantes de la reproduction sociale, l’incapacité à projeter son travail dans le long terme, l’obsolescence accélérée des compétences, l’éloignement progressif des centres de décision par rapport au travail local, la complexification des chaînes de production, l’incapacité  de l’entreprise gestionnaire de projets à protéger les personnes qui travaillent pour elle, le creusement des inégalités de destin…

Le monde du travail change et les risques changent avec lui. Mais, les protections évoluent-elles avec eux ? C’est moins sûr. Il faut dire que les défis sont substantiels : comment assurer les accidents du travail d’une personne en télétravail à domicile ? comment protéger contre la perte de revenu les personnes qui travaillent pour des plateformes ? quelles couvertures proposer ou imposer aux nouvelles formes de travail indépendant ? La tentation est grande de rechercher la solution à ces problèmes en ramenant toutes les relations de travail à des relations de subordination salariale que l’on maîtrise. Si ce n’est que le prix à payer pour y arriver imposerait un formidable retour en arrière par rapport aux aspirations des jeunes générations et aux opportunités offertes par les nouvelles technologies. L’incitation qui serait alors donnée au travail au noir, à la marginalisation et à l’émigration serait très coûteuse. Les pouvoirs publics et les juges sont donc au défi de faire évoluer le droit social pour qu’il reconnaisse et intègre les nouvelles aspirations du monde du travail. Il faut aussi veiller à préserver le dynamisme du marché qui a été le catalyseur de ces aspirations. La solution est probablement moins du côté de la multiplication des réglementations, que du côté de leur aménagement et de leur ouverture à la négociation majoritaire, une tendance d’ores et déjà à l’œuvre dans les réformes récentes du droit du travail. Et, quand cela est possible, il faut aussi se tourner vers les solutions assurancielles, obligatoires ou facultatives selon les cas. Ces solutions présentent l’intérêt non seulement de s’adapter aux situations particulières les plus complexes mais aussi de modifier en conséquence l’ensemble des coûts et des prix relatifs. Ceci ne peut qu’inciter à réduire les risques auxquels le travail est exposé et à dissuader le travail au noir ainsi que le dumping social.

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