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L’économie mondiale de plus en plus difficile à prévoir

leconomie-mondiale-de-plus-en-plus-difficile-a-prevLa suspicion, le doute même sur l’utilité des économistes se sont installés dès le déclenchement de la crise de 2007. Rien n’est plus cruel que cette interrogation d’Elisabeth II, « If these things were so large, how everyone missed them ». En fait, chacun pense qu’aucun économiste n’aurait rien vu venir. Inexact. Cela faisait longtemps que nombre d’entre nous avait analysé le développement incroyable de l’endettement public et privé, lié au besoin de maintenir le pouvoir d’achat global des pays occidentaux, mis à mal par ce transfert massif de leurs activités vers les pays émergents et la mise au chômage des travailleurs non qualifiés désormais inutile. Là où nous fûmes moins compétents, ce fut au moment de Lehman Brothers, la découverte de l’expansion totalement incontrôlée de la finance. Mais même si les résultats ne furent pas du tout à la hauteur des ambitions initiales, les économistes inspirèrent deux politiques en rupture avec le passé, la tentative d’une gouvernance économique mondiale et la régulation de la finance. Dont acte.

Mais, les plus difficiles problèmes d’analyse, de compréhension de l’économie mondiale sont devant nous. On parle d’économie « médiocre », ce qui veut tout simplement dire que la croissance de l’économie mondiale s’est ralentie de manière très significative. Nous ne fûmes d’ailleurs pas si nombreux (1) ces dernières années à affirmer, que, contrairement à ce que l’on pouvait paresseusement imaginer, la trajectoire de l’économie mondiale ne serait pas simplement la prolongation de ce que nous avions connu avant 2007. Une question s’impose : combien de temps ce ralentissement va-t-il durer ? Pour cela, il faut beaucoup d’humilité, beaucoup de rigueur et beaucoup de méthode. On peut sans prendre trop de risques imaginer que les paramètres conjoncturels d’aujourd’hui concernant le prix du pétrole et les taux de change vont grosso modo perdurer un an ou deux peut-être et maintenir les Etats-Unis dans une fourchette proche des 2.5 % de croissance, l’Europe entre 1.5 et 2 % et les pays émergents dans un ralentissement très significatif, formule vague, car cette prospective nécessite une extraordinaire prudence, dans la mesure où personne n’est réellement capable de mesurer la position actuelle de l’économie chinoise. Mais là n’est pas le plus important. Nous avons un travail gigantesque à réaliser sur plusieurs points aujourd’hui sans réponse théorique claire et définitive. Quel sera l’impact du vieillissement de la population mondiale sur la croissance ? Peut-on imaginer un ralentissement du progrès technique durable en dépit des apparences d’un bouillonnement d’innovations ? Les niveaux d’inégalité constatés dans la plupart des pays, tant pour les patrimoines que les revenus, sont-ils favorables à la croissance ou non ? Comment mobiliser une épargne, croissante du fait du vieillissement de la population, pour développer des activités nouvelles et par nature risquées, alors même que le vieillissement est synonyme d’aversion au risque et que ce sont les seniors qui disposent de l’essentiel de l’épargne financière ? Autant de problèmes nouveaux dont l’enchevêtrement crée des conditions de développement de l’économie mondiale totalement nouvelles, difficiles à conceptualiser et largement imprévisibles.

Si l’on rajoute la surprise que l’on connaît quant à la la nature des emplois créés aujourd’hui dans nos pays – une forte proportion d’emplois à faible qualification alors que le monde numérique nous faisait espérer l’inverse – et que, par ailleurs, l’on ne sait pas comment les banques centrales, acteurs majeurs de l’économie mondiale, peuvent sortir raisonnablement des politiques monétaires très expansives qu’elles sont en train de mener, le tableau 2015-2020 est bien difficile à dessiner. Jamais vraisemblablement depuis la Grande Crise, nous nous sommes trouvés devant une situation aussi complexe et dont la seule complexité rend bien improbable un taux de croissance de l’économie mondiale plus rapide. Certes, comme toujours, le pire n’est jamais sûr et l’histoire de l’économie mondiale est parsemée de révolutions technologiques qui remettent à plat l’ensemble pour recréer une dynamique que personne n’avait même imaginée . Il n’empêche, aujourd’hui, il reste pour les économistes à quitter les domaines théoriques traditionnels, à décrire et comprendre cette configuration totalement nouvelle, à penser les instruments d’une croissance potentielle plus forte. Oui, les économistes sont utiles lorsqu’ils s’interrogent sur la réalité du monde dans lequel ils vivent.

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