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L’énergie en état de choc; revisiter les stratégies

L'énergieLa baisse du prix du pétrole est plutôt une bonne nouvelle temporaire pour l’économie mondiale, mais ceci ne doit pas nous faire oublier que l’énergie est en état de choc(*) face aux turbulences et aux incertitudes économiques, politiques et climatiques qui l’entourent. Le futur est incertain, le contexte politico-institutionnel est instable. Les entreprises concernées doivent revisiter leurs stratégies.

Les incertitudes économiques concernent d’abord les évolutions des coûts des différentes technologies énergétiques et des impacts sociaux qui y sont associés. Le cas américain est un bon exemple. Comment vont évoluer les coûts de production du pétrole et du gaz de schiste, qui offrent aujourd’hui un formidable levier de compétitivité à l’économie américaine ? La révélation progressive de l’impact environnemental de cette production ne risque-t-elle pas d’induire des coûts additionnels, et peut-être des taxes, qui pourraient avoir pour effet de réduire la dynamique de développement de ces ressources ? De mêmes interrogations se posent pour la construction des nouvelles centrales nucléaires et le coût du vieillissement du parc mondial existant. A ces incertitudes microéconomiques se rajoutent des questions macroéconomiques concernant les turbulences qui agitent quelques grands pays exportateurs d’hydrocarbures. Quelles seront leurs politiques d’exportation ? Quelle place vont-ils accorder à l’investissement d’exploration et de production ? Quel rôle peut encore jouer l’Opep ?

Les incohérences politiques caractérisent plus particulièrement la zone euro. Comment peut-on concilier la création d’un marché européen de l’énergie concurrentiel avec une volonté affichée de développement durable ? Certes, des compromis doivent être trouvés, mais il ne faut pas que les signaux économiques soient volontairement gommés. C’est en partie le cas pour le développement rapide des énergies renouvelables en période de stagnation économique. En France, la classe politique a pour seul critère les états d’âme de l’opinion publique. Elle fait inscrire dans la loi l’interdiction de la prospection pour le pétrole et le gaz de schiste alors que la rationalité la plus élémentaire plaiderait pour une connaissance minimale des ressources. Elle décide de l’établissement d’une écotaxe, puis d’une contribution climat énergie, et elle annule ensuite ces deux mesures. Elle diffère l’application des mécanismes économiques de fixation des tarifs du gaz et de l’électricité pour entretenir les consommateurs dans l’illusion d’une énergie bon marché alors que les signaux sont à la hausse. Elle applique à la gestion du parc nucléaire des critères qui éludent les coûts économiques en période de stagnation et de déficit public. On comprend la réticence des investisseurs face à une telle instabilité.

Les menaces afférentes au réchauffement climatique sont régulièrement rappelées par la communauté scientifique internationale, qui évoque l’urgence d’une action collective et volontariste pour que la température de la planète n’augmente pas de plus de 2 °C. Une telle action serait beaucoup moins onéreuse à supporter que les coûts que devra supporter l’économie mondiale faute d’action. La conférence de Paris de 2015 ne va pas clarifier ce problème; un grand nombre d’Etats, à l’image de la Chine, des Etats-Unis et de l’Union européenne, vont probablement s’engager à diminuer leurs émissions, mais, en fin de compte, l’absence d’une décision globale va contribuer à individualiser l’approche du réchauffement climatique en faisant passer les problèmes d’adaptation avant les problèmes de réduction globale des émissions. Le seul élément positif, c’est que l’absence d’engagement est une invitation à l’imagination et à l’innovation pour inventer des projets originaux. Pensons à ce qui est fait à New York pour prévenir les dégâts des tempêtes à venir.

Cet état de choc, multipolaire, de l’énergie est lié à une mutation des systèmes énergétiques traditionnels, qui, dans une période plus ou moins longue de transition, devraient évoluer vers une plus grande diversification, physique et technologique, une diminution de l’intensité carbone, une plus grande efficacité et une meilleure utilisation des ressources locales renouvelables. Cela implique une sorte de réinvention de l’énergie, qui viendra essentiellement des entreprises, de celles qui auront compris toutes les opportunités offertes par cette transition.

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