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Les Banques centrales sont des armes efficaces mais fragiles

Dans la troisième partie du Parrain de l’immense Coppola, le jeune et ambitieux Vincent Mancini admet qu’il n’y connait rien en finance et politique. Don Licio Lucchesi lui rétorque alors : « Tu connais les flingues ? La finance est un flingue. La politique, c’est savoir quant il faut appuyer sur la gâchette ». Les évènements récents ne cessent de démontrer à quel point cette citation est juste et de mettre en lumière le pouvoir considérable des Banques centrales.

En mars 2020, alors que la France se confine, des mesures de soutien aux entreprises et aux ménages sont prises très rapidement. Parmi elles, la plus emblématique restera le chômage partiel, soit la prise en charge par l’État du salaire des employés empêchés de travailler. Rien que pour l’année 2020, cette mesure aura coûté plus de 27 milliards d’euros aux finances publiques. Comment cette mesure, et toutes les autres, ont pu être financées sans causer de crise financière ? Habituellement, lorsque l’on s’endette considérablement, les créanciers demandent des taux d’intérêt plus élevés. Mais en 2020, cela ne s’est pas passé car la Banque centrale Européenne (BCE) rachetait à ces derniers les emprunts de l’État français. Cette intervention inimaginable -des salariés confinés payés par la BCE !- a été rendu possible par la crédibilité acquise au fil des années par l’institution de Francfort.

Les banques centrales, une arme géostratégique

En février 2022, alors que la Russie surprend le monde en attaquant l’Ukraine, la réponse financière est tout aussi fulgurante. Les pays occidentaux ciblent la Banque centrale de la Fédération de Russie en l’interdisant de transactions financières et en gelant ses avoirs détenus dans leurs pays. Ils l’amputent ainsi d’importants moyens d’action. En particulier, il est désormais compliqué pour la Banque centrale de prêter de l’argent aux banques commerciales russes qui subissent des retraits massifs d’argent liquide ou de soutenir le Rouble qui s’effondre. Si la panique dure, cette crise financière conduira à des faillites de banques, puis d’entreprises, et au final à une crise économique. Couplée à un arrêt des achats d’hydrocarbures, ces mesures seront dévastatrices.

Aujourd’hui, les Banques centrales sont clairement des institutions puissantes qui protègent les populations en cas de crise, mais qui sont dépendantes de leur crédibilité et de leur insertion dans le système financier mondial. Il faut donc, lorsque tout va bien, renforcer la stabilité monétaire et la coopération internationale, pour pouvoir, lorsque tout va mal, utiliser une arme qui fonctionne.

 


 

Hippolyte d’Albis est président du Cercle des économistes

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