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Les économistes face au 7 janvier

économistes 7 janvierL’ignoble boucherie des 7, 8 et 9 janvier s’éloigne inexorablement au fil des jours. Il faut, à tout prix, éviter que cet événement, d’une ampleur comparable au drame du 11 septembre 2001, s’enlise lentement dans le quotidien de la crise et des bisbilles politiciennes. Les débats qui se poursuivent – fort heureusement – donnent la priorité à la sociologie qui s’efforce d’expliquer le pourquoi du comment de cette folie meurtrière. Les économistes restent assez silencieux, désarmés face à un phénomène que leur « boîte à outils » ne permet apparemment pas de comprendre. Et, pourtant, les conséquences économiques du 7 janvier sont nombreuses et elles permettent d’espérer que, si les enseignements de ce drame sont tirés à temps, les 17 victimes de cette tuerie n’auront pas péri en vain.

Au plan national, les choses sont plus simples qu’il n’y paraît. Il faut d’abord se convaincre que, entre répression et prévention, la priorité doit être donnée à cette dernière. Il faut, certes, renforcer la sécurité. Mais, dans ce domaine, tous les spécialistes sont d’accord pour dire que le dispositif législatif existant est suffisant. Le problème n’est pas la loi, mais l’application de celle-ci, comme trop souvent en France.

Mais là n’est pas l’essentiel. On ne naît pas terroriste. On le devient. Là aussi, le diagnostic est facile à établir. Un terroriste, avant de passer à l’acte, naît, va à l’école et cherche un emploi. Il naît dans une ville. Il paraît que l’on a un ministre de la Ville. Quelle bonne nouvelle, si pudiquement cachée, par ce gouvernement comme par ceux qui l’ont précédé ! Comment croire qu’il n’y aura pas d’autres attentats quand, dans certaines banlieues, le taux de chômage des jeunes atteint 45 % ? Dans ce domaine, il faut être bestial comme l’ont été les terroristes. Comment accepter que le budget de la politique de la ville baisse de 7 % en 2015 ? Comment accepter que le ratio du logement social soit dans certaines villes de 2 % et dans d’autres de 80 % ? La ville aujourd’hui a moins besoin d’architectes que d’associations efficaces.

Ayant grandi dans une ville, un futur terroriste va à l’école. Mais, dans ce domaine, l’OCDE a décerné à la France un bonnet d’âne d’honneur en matière de lutte contre les inégalités. Reste au futur terroriste à trouver un travail. Même pas en rêve ! Et pourtant ! Pourquoi ne pas refonder la politique de l’immigration en considérant, comme l’Amérique, que celle-ci est une chance et non un fléau ? Pourquoi ne pas ouvrir aux étrangers hors Union européenne les 5,3 millions d’emplois qui leur sont aujourd’hui interdits ?

Mais le choc du 7 janvier n’a pas traumatisé que la France. En témoignent tous les chefs d’Etat et de gouvernement présents le 11 janvier. Là aussi, le sécuritaire ne doit pas primer sur le préventif. Là aussi, les choses sont relativement simples a priori. Sur le plan sécuritaire, la lutte contre le terrorisme doit se développer en priorité dans deux directions. Celle de la sécurité informatique avec l’aide – spontanée ou contrainte – des Gafa (les grands opérateurs Internet). Et celle de la finance qui va de la lutte intensifiée contre les paradis fiscaux à la mise au pas des pays non coopératifs, en ne se focalisant pas sur le trop facile bouc émissaire qatari, mais en regardant aussi du côté de la Turquie, qui, bien que membre de l’Otan, ne semble pas avoir remarqué que certains de ses achats de pétrole bénéficient directement à l’armée islamique.

Sur le plan préventif, reconnaissons modestement que de nombreux secteurs ne pourront plus fonctionner sur le même « business model » qu’avant le 7 janvier. Ainsi en est-il notamment de l’énergie, des transports, du tourisme et de l’assurance. A nous de forger de nouvelles règles permettant, dans ces domaines, de rendre compatibles la croissance économique et la sécurité. François Bourguignon a raison de dire que le problème du terrorisme n’est pas tant un problème d’offre (les terroristes eux-mêmes) que de demande (ceux qui les financent). Le seul moyen de contrer ceux-ci consiste à réduire le nombre des laissés-pour-compte du développement. Nous nous sommes laissé bercer par la douce mélopée de « l’émergence » du Sud. Cette émergence est aussi matrice d’innombrables frustrations, qui poussent à la folie, mais que l’on peut, si on en a la volonté, soigner.

Cet article est trop lapidaire face à un événement aussi porteur d’incertitudes que le drame du 7 janvier. Puisse-t-il avoir convaincu le lecteur de deux choses seulement. D’abord que ce drame est vecteur d’espoir. Mais que ceci ne sera possible que si tous les économistes se mettent enfin à travailler utilement, ce qui revient à moins s’enfermer dans l’économie pure (et parfois simpliste à force de sophistication économétrique), qui a valu à Jean Tirole son prix Nobel – parfaitement mérité par ailleurs – et à se mettre à respecter davantage l’hétérodoxie qui a fait l’originalité de Bernard Maris. Oncle Bernard, espérons que tu ne sois pas mort pour rien.

 

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