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Les perspectives des marchés boursiers en 2022

On attendrait d’une chronique de début d’année consacrée aux marchés financiers une prévision de la performance pour l’année en cours. Éludons tout de suite la question en nous ralliant au consensus, toujours le même en chaque début d’année : 8 à 10%. Suivons plutôt l’aphorisme prêté au général de Gaulle : « Prenez la position la plus élevée, c’est la moins encombrée ».

Cela fait des années que les experts annoncent la fin du cycle haussier des actions, il est vrai le plus long de l’histoire. Ils dressent un inventaire à la Prévert des nombreux risques qui menacent les marchés d’actions, mais qui n’ont pas entamé pour l’instant leur marche en avant. La prise en compte du temps long apporte un éclairage particulier. Le ratio des capitalisations boursières aux PIB des plus grands pays se situe à environ 1 aujourd’hui (0,7 pour la France). Ce ratio est devenu trois fois supérieur à ce qu’il était pendant la plus grande partie du 20e siècle, principalement grâce à la hausse des cours.

Innovation, vieillissement et inégalités

Cette chevauchée fantastique des trente dernières années est la traduction patrimoniale d’un certain nombre de phénomènes disruptifs qui devraient continuer à faire travailler la poutre boursière. Et d’abord, le facteur principal qui impacte les marchés d’actions dans la durée : la destruction créatrice provoquée par les innovations technologiques et les progrès de productivité qui les accompagnent, lesquels dopent la croissance.

Deux autres facteurs sont notamment susceptibles d’impacter aussi l’évolution des marchés d’actions : la démographie et les inégalités de revenus et de patrimoine. La démographie vieillissante que nous connaissons contribue à la baisse des taux d’intérêt réels et sa poursuite devrait contribuer à une baisse progressive supplémentaire de l’ordre de 100 points de base. L’impact sur les marchés d’actions serait direct. En effet les prix des actions représentant la valeur actuelle de leurs flux futurs, celle-ci est d’autant plus élevée que les taux sont durablement faibles.

Un autre facteur impacte les taux d’intérêt dans le sens de la baisse est celui des inégalités, du fait de l’augmentation de la part des revenus des ménages riches dans le PIB, et de l’augmentation de leur épargne, et donc du taux d’épargne global. Même si les inégalités devaient se résorber, cela ne pourra se réaliser que progressivement. Certes, les dangers de la dynamique de l’endettement global mondial sont évoqués régulièrement, mais largement occultés, même si celui-ci a atteint un niveau record de 296 000 milliards de dollars, soit 353% du PIB mondial.

Décoder la stratégie implicite des banques centrales

Mais l’histoire financière du 20e siècle montre que l’évolution de l’endettement des nations peut aller dans les deux sens. Elle peut augmenter, comme on l’observe à partir des années 1980, mais aussi diminuer, comme ce fut le cas à la suite de la seconde guerre mondiale. Du niveau de plus de 90 % qu’il avait atteint, le ratio d’endettement au PIB mondial baissa régulièrement après la guerre pour revenir à 30% à la fin des années 1970.

La croissance économique est pour beaucoup dans cette évolution. Toutefois, la répression financière aussi, qui requiert principalement deux ingrédients : une dose significative d’inflation et une limite supérieure des taux d’intérêt servis aux épargnants, de sorte que ceux-ci soient inférieurs au taux d’inflation. C’est la stratégie actuelle implicite des banques centrales. Celles-ci semblent vouloir la prolonger, mais sous une forme très atténuée dans le sens de la neutralité et non de la répression financière, avec des taux d’intérêt les plus bas possible et proches de zéro, voisins du taux d’inflation. Une diminution naturelle et progressive de l’endettement mondial avec une croissance économique élevée et des taux d’intérêt et d’inflation très faibles constituent des perspectives très favorables pour les marchés d’actions.

 


 

Bertrand Jacquillat est membre du Cercle des économistes

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