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Les trois piliers de la reprise économique

Les trois piliersL’ajustement de la politique économique qui résulte du pacte de responsabilité ainsi que des déclarations du nouveau Premier ministre, s’il est bien mis en oeuvre, aura permis d’élever le deuxième pilier de la reprise économique en France. Mais il n’est pas sûr que cela soit suffisant pour garantir à la France une sortie de crise satisfaisante, dans la mesure où manque toujours le troisième pilier : la flexibilisation du marché du travail.

La maîtrise de la dette publique constitue le premier pilier de la reprise. Sans cette maîtrise, le pays est à la merci de la spéculation des marchés sur la soutenabilité de sa dette. Or la soutenabilité n’existe pas en soi : elle dépend des circonstances et de la plus ou moins grande appétence des marchés. Ces circonstances et cette appétence sont fluctuantes, et soumettent d’autant plus le destin d’un pays aux changements d’humeur des investisseurs que ce pays est dépendant des investisseurs étrangers, comme c’est le cas de la France avec 64 % de la dette de l’Etat détenue par les non-résidents. La maîtrise de la dette publique passe naturellement par celle du déficit public. La majorité actuelle s’y est engagée à son arrivée au pouvoir, en prévoyant de ramener le déficit public de 4,9 % du PIB en 2012 à 3 % en 2013. Pourtant, la crédibilité de l’engagement a été mise à mal par le dérapage du déficit qui a atteint 4,3 % et par le report à 2015 de l’objectif de 3 %…alors même qu’il faudrait ramener le déficit à 2 % dès 2014 pour simplement stabiliser la dette publique à son niveau actuel de 93,5 % du PIB.

La baisse des charges constitue le deuxième pilier de la reprise. Les études empiriques montrent en effet que les charges sur les entreprises obèrent la compétitivité, l’investissement, la productivité, la croissance et la création d’emplois. Depuis son accession au pouvoir, la majorité actuelle avait clairement pris le parti d’ignorer ce point. On peut ainsi considérer que la totalité du dérapage des dépenses publiques ainsi que la moitié de la réduction du déficit public intervenues en 2013 ont été financées par la hausse des prélèvements obligatoires (l’autre moitié de la réduction du déficit ayant été financée par la réduction des taux d’intérêt sur la dette). Ce choix a été d’autant plus désastreux que la France et le Danemark partagent le triste record du taux de prélèvement le plus élevé au monde. Ce choc d’anti-compétitivité explique la contre-performance économique de la France en 2013, que les économistes avaient bien prévue… Le changement de cap annoncé constitue donc, a priori, une bonne nouvelle. Reste à savoir si cette reconnaissance verbale du deuxième pilier de la reprise sera mise en oeuvre avec l’énergie nécessaire ou si, à l’instar du premier pilier, elle ne le sera que timidement, comme l’étalement sur six ans de la baisse à 28 % du taux de l’IS pourrait le laisser penser.

La flexibilité du marché du travail constitue le troisième pilier de la reprise. Les crises économiques résultent en général d’une mauvaise allocation des facteurs de production, travail et capital, imputable soit aux changements intervenus dans les modes de production ou de consommation, soit à des distorsions publiques (réglementations, taux d’intérêt de la politique monétaire etc.). La reprise économique passe obligatoirement par la dévalorisation d’une fraction du capital, par la restructuration de l’appareil de production et par la réallocation du travail vers de nouvelles activités. La flexibilité du marché du travail est clef pour mener à bien ces ajustements et pour sortir aussi rapidement que possible de la crise. Les réglementations et subventions multiples qui, comme en France, limitent les possibilités de restructuration et de réallocation des entreprises, réduisent la capacité de rebond. En écartant toute réforme structurelle du marché du travail, à la différence de nos principaux partenaires et alors même que ce marché ne fonctionne plus, la majorité actuelle prend donc le parti d’une sortie de crise qui ne pourra se faire qu’au rythme du renouvellement des générations.

Si l’on tient compte du fait que la France n’a que partiellement mis en oeuvre le premier pilier, qu’elle découvre tout juste le deuxième, avec l’intention de ne l’utiliser que partiellement, et qu’elle écarte le troisième pilier, force est de conclure qu’elle n’utilisera, au mieux, que 30 % à 40 % de son potentiel de sortie de crise quand nos partenaires européens en exploiteront 50 % à 100 %. Le récent changement de cap est donc bienvenu, mais il n’est pas, à ce stade, suffisant. Ce qui veut dire que nos espoirs de reprise reposent encore essentiellement sur les retombées potentielles de la reprise mondiale, un choix paradoxal s’agissant d’une majorité politique très critique à l’égard de la globalisation…

 

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