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L’Europe otage des Britanniques

imagesLe référendum britannique sur la participation à l’Union européenne a ouvert la boîte de Pandore et on n’en a pas encore bien perçu toutes les conséquences dommageables pour l’Europe. Les choses sont relativement claires si le vote « out » l’emporte : les coûts pour l’économie anglaise seraient élevés, mais l’Union à 27 et la zone euro ne seraient pas gagnantes. A court terme, on verrait sans doute se lever une tempête financière provoquée par ce nouveau choc frappant une Europe au mieux convalescente ; à moyen terme, le vote britannique serait un formidable appui à toutes les forces politiques hostiles à la poursuite de l’intégration européenne.

Il n’y a pas de meilleure expression de ces craintes que celle de Barack Obama. A Londres, il a récemment prévenu les Britanniques qu’il ne fallait pas compter sur une « relation spéciale » avec l’Amérique. Le partenaire des Etats-Unis en Europe, a-t-il prévenu, c’est l’Europe. Soulignant le trait, il a même, en matière de négociation commerciale, renvoyé la Grande-Bretagne « at the end of the queue », pas très élégant mais expressif ! En Allemagne, il a trouvé les accents des grands Européens des années 1950 pour célébrer les succès de l’Union et sermonner l’Europe d’aujourd’hui sur la voie à suivre ensemble.

Du coup, les partisans du vote « in » ont retrouvé l’espoir, peut-être un peu hâtivement, puisque la pression américaine a pu paraître blessante à certains. Mais il est plus probable que l’échéance se rapprochant, les électeurs réfléchis jugeront en effet hasardeux de couper les ponts avec le reste du monde. Est-ce une bonne nouvelle ?

Bien sûr, les marchés financiers, la City, seront rassurés et on verra un sentiment de lâche soulagement dans beaucoup de capitales, mais le répit sera de courte durée. A la réflexion, les conséquences seront clairement négatives. Tout indique en effet que le vote sera serré, disons 49/51. Au lendemain d’un vote où ils auraient été mis en minorité, les partisans de la sortie ne se déclareront pas vaincus, certainement pas ! La victoire était si proche que leur énergie pour remporter la bataille suivante en sera démultipliée. David Cameron, qui avait cru habile de lancer une manoeuvre politicienne pour réduire ses « frondeurs », fera face demain à la même pression que celle déjà rencontrée au Parlement et dans les urnes.

On le voit donc déjà en appeler à ses « partenaires » pour qu’ils l’aident à « conforter le soutien encore fragile apporté par ses concitoyens à l’idée européenne ». Dès l’automne, les institutions européennes feront face aux incessantes et indécentes demandes britanniques visant à étendre le régime d’exception dont jouit ce pays, multipliant ailleurs les demandes reconventionnelles qui ne paraîtront certainement pas moins justifiées. Ce qui en découlera immanquablement, c’est la paralysie politique du continent, comme on en a été témoin au moment où, en pleine crise des réfugiés, le Conseil européen ne se préoccupait que des nouveaux accords que l’on offrirait à David Cameron pour gagner son référendum .

Toutes les nations défendent leurs intérêts, mais l’Union européenne repose depuis les années 1950 sur la conviction que ces intérêts seront, dans le monde contemporain, mieux préservés en jouant collectif. C’est pourquoi l’Union, avec toutes ses imperfections, se construit progressivement en société politique.

Quel que soit le résultat du vote le 23 juin, la Grande-Bretagne fera entrer l’Europe entière dans une zone de fortes turbulences. Si l’on souhaite éviter la répétition navrante de la pièce commencée il y a trois ans, peut-être faut-il finalement souhaiter que les électeurs britanniques décident une fois pour toutes et signifient sans ambiguïté à leurs partenaires que, n’ayant pas inventé les règles de ce jeu collectif, ils ne souhaitent pas en appliquer ces règles. Mais que ce soit aussi pour les autres l’occasion d’améliorer leurs tactiques !

 

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