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L’illusion fiscale des politiques anti-immigration

Dans le programme de Marine Le Pen, l’immigration tient la première place. Il s’agit notamment de limiter les entrées d’étrangers, de délocaliser l’examen des demandes d’asile et de restreindre les droits des immigrés. Cette posture de fermeté, à l’égard d’un phénomène systématiquement qualifié d’incontrôlé, est un classique de l’extrême droite. Mais pour cette élection, la candidate insiste aussi sur le gain économique qu’engendrerait sa politique. Dans l’évaluation chiffrée de son programme, Marine Le Pen promet un gain de 18 milliards d’euros, dont une évaluation fantaisiste de 14 milliards associée à la baisse des aides et prestations sociales aux étrangers . Ces économies permettraient de financer, par exemple, les mesures populaires telles que la baisse de la TVA sur les produits énergétiques, évaluée à 12 milliards.

Une rhétorique sans fondements

La candidate autoproclamée du pouvoir d’achat renoue ainsi avec une rhétorique efficace associant l’immigration à un coût … tout en passant sous silence les impôts et contributions dont les étrangers s’acquittent. Elle « oublie » qu’il y a aujourd’hui en France environ 3 millions d’étrangers qui travaillent, soit un peu plus de 10 % des personnes en emploi, et qui donc participent par leurs cotisations aux 800 milliards de recettes annuelles de la protection sociale. Les innombrables rapports et études scientifiques réalisés sur le sujet le confirment, les coûts de l’immigration ne sont pas supérieurs à ses bénéfices pour le pays d’accueil. Si la logique populiste est diaboliquement efficace lors des campagnes électorales, c’est au lendemain des élections que les déconvenues apparaissent.

En 2016, Donald Trump axe une partie importante de sa campagne sur la lutte contre l’immigration et, notamment, sur la nécessaire construction d’un mur à la frontière mexicaine. Plus de 400 directives présidentielles relatives à l’immigration seront signées au cours du mandat, aux dépens des sans-papiers, mineurs, demandeurs d’asile, familles, étudiants, etc. Et pourtant, les entrées permanentes d’étrangers ont représenté en moyenne 1,08 million de personnes par an entre 2017 et 2019, soit exactement le même nombre qu’au cours des trois années précédentes, lors de la présidence Obama. Quant au « mur », 725 kilomètres de barrières, dont seuls 83 sont vraiment nouveaux, il aura coûté près de 17 milliards de dollars au contribuable américain.

Le vrai coût d’un programme populiste

En 2016 également, le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne a également donné lieu à de violentes positions contre l’immigration de la part des partisans de la sortie. Ils assuraient que les étrangers créaient une pression insoutenable sur les services publics, en particulier de santé, et qu’il était temps de « reprendre le contrôle ». Alors que l’estimation officielle du coût du Brexit approche 1.500 euros par résident britannique, l’effet sur l’immigration est mitigé. Les Européens ont en effet quitté massivement le pays , tandis que la présence d’étrangers non européens a fortement augmenté. Au total, les flux migratoires n’ont pas changé après 2016.

Non, le programme de Marine Le Pen n’est pas financé. Il repose sur l’idée fausse que les étrangers ne sont qu’un coût et qu’une politique volontariste permettrait à la fois de réduire l’immigration et d’engendrer des recettes fiscales. Ailleurs, ceux qui y ont cru se sont réveillés avec la gueule de bois : les étrangers ont été stigmatisés sans que le reste de la population n’y trouve avantage.

 


 

Hippolyte d’Albis, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et président du Cercle des économistes

Ekrame Boubtane, maître de conférences à l’Université Clermont Auvergne

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