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L’inextricable construction du budget 2014

Patrick Artus

Patrick Artus

Effort supplémentaire. Le gouvernement vient de présenter sa stratégie pour ramener le déficit public de la France sous la barre symbolique des 3% du PIB l’année prochaine. Paris prévoit un effort budgétaire proche de 20 milliards d’euros en 2014 après les 40 milliards de 2013. Le FMI et le Haut Conseil des Finances publiques, l’organisme créé par le gouvernement pour éviter tout dérapage des finances de l’Etat, remettent en question les perspectives gouvernementales. Selon Patrick ARTUS, « quand on regarde l’évolution de l’emploi, les indices de conjoncture, le ralentissement des salaires, l’évolution affreuse de la profitabilité des sociétés et de leurs marges, enfin la remontée des défauts d’entreprise… les projections du gouvernement ne sont pas réalisables ».

Des prévisions plus logiques. Pourquoi diable Bercy s’enferre sur l’objectif de 3% de dette par rapport au PIB ? Pour répondre aux canons de Bruxelles. Mais selon le Directeur des études économiques de Natixis, « même dans un scénario relativement optimiste de reprise progressive aux Etats-Unis ou en Asie, il eût été plus raisonnable de construire un budget tablant sur 0.5% de croissance et non 1,2 ». Pourquoi Matignon et Bercy n’ont pas été plus réalistes ? Parce que les conséquences auraient été « terribles ». « Si le gouvernement avait tablé sur 0,5% de croissance, le déficit public pour 2014 aurait dépassé 4% de la richesse nationale », nous mettant ainsi en délicatesse avec Bruxelles.

Effet démultiplicateur. Tout gouvernement rechigne à envoyer un message négatif à l’opinion. Exercice d’autant plus difficile en période de crise car c’est ajouter de l’inquiétude à la déprime. « Tout le monde est aujourd’hui d’accord avec le FMI pour dire que dans l’environnement économique actuel, le multiplicateur budgétaire est de 1. Autrement dit, lorsqu’on fait un point de PIB de réduction de déficit, on perd dans la foulée un point de croissance et les recettes fiscales qui en découlent. Aucun gouvernement n’a le courage de le dire à l’opinion » conclue Patrick ARTUS. Courage, volonté, détermination… les mots ne manquent pas pour qualifier ce qui devrait caractériser l’action politique. Pas facile mais efficace. Nous en sommes encore trop éloignés.

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