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Les marchés financiers sont-ils sensibles à la qualité du dialogue social ?

fe378d372e9638672096a144060999ff-627x337La France s’apprête à vivre un mois de mai de revendications et d’actions syndicales. Les mots d’ordre de mobilisation sont divers et variés mais tous peuvent se rapporter au dialogue social dans l’entreprise. Un dialogue qui, dans une certaine mesure, selon Jean-Paul Pollin, ne laisse pas indifférent les marchés financiers.

 

 

La qualité du dialogue social dans les entreprises est sans doute un facteur essentiel de leurs performances. D’abord parce que l’existence ou l’éventualité de conflits à venir est susceptible d’affecter leur fonctionnement et donc leurs résultats. Mais surtout parce que, comme dans toute organisation, de bonnes relations entre les acteurs de la firme ou leurs représentants facilitent la communication et la coopération ; la confiance qui en résulte favorise aussi l’implication des salariés et la réalisation d’investissements en qualifications, savoir-faire…, spécifiques à l’entreprise.

Tout ceci concourt naturellement à l’efficience de l’entreprise dont peuvent tirer profit toutes les parties prenantes de la firme. C’est pourquoi l’instauration du bien-être au travail, mais aussi la pratique du dialogue, de la transparence et de la confiance, sont devenues des recommandations présentes dans tous les petits manuels du parfait manager.  Plus sérieusement, cela justifie le principe d’une responsabilité sociale de l’entreprise qui nourrit des réflexions d’origines diverses et que des systèmes de notation s’efforcent de mesurer.

Il reste que le dialogue social suppose des compromis en termes de conditions de travail, de rémunérations, de participations…qui ont évidemment un coût. Il faut ajouter que la protection de l’emploi, qui est un des éléments importants de la confiance, implique une modération des ajustements d’effectifs et de rémunérations en période de basse conjoncture, ce qui pèse à court terme sur la rentabilité.

On peut dès lors se demander dans quelle mesure les marchés boursiers sont sensibles à la qualité des relations sociales dans l’entreprise et notamment à celle du dialogue entre partenaires sociaux. La valeur des actions intègre-t-elle ces variables et de quelle façon ? Ces marchés généralement critiqués pour leur « court-termisme » sanctionnent-ils les déviances par rapport à l’objectif de maximisation des profits ou les accueillent-ils, au contraire, comme des indices d’une plus grande stabilité future de la firme ?

Les résultats des études empiriques menées sur ces questions sont ambigus, pour ne pas dire contradictoires. Mais il faut bien admettre que ces exercices sont difficiles. D’abord parce que la mesure du niveau de responsabilité sociale d’une entreprise ou de la qualité des relations (et plus encore du dialogue) en son sein est une affaire délicate. D’autre part, les performances s’évaluent en termes de rentabilité mais aussi de risque et leur pondération est incertaine. De plus le choix de l’horizon d’estimation est lui-même arbitraire et peut donner lieu à des appréciations divergentes. Enfin il est possible que le dialogue social ait des vertus inégales d’un secteur ou d’une activité à l’autre.

Il n’existe donc guère de preuve d’une sensibilité des marchés à l’état du dialogue social dans l’entreprise. Mais, en présentant les choses de façon plus optimiste, on sera sans doute heureux d’observer que l’existence, dans les objectifs de certaines firmes, de préoccupations d’intérêt général ne semble pas nuire à leur valorisation boursière.

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