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Pourquoi les marchés font vaciller les banques ?

imgresOn pensait que les prochaines turbulences financières viendraient du côté de la gestion d’actifs. Parce que la recherche de rentabilité a pu conduire les fonds à investir dans des produits peu liquides qui les exposent à des risques de « runs ». Mais ce sont finalement les banques qui sont à nouveau source d’inquiétudes, du moins si l’on s’en tient aux réactions des marchés : les actions des banques françaises ont perdu 30 % de leur valeur en trois mois et, au niveau européen, les actions du secteur ont fondu de 25 % depuis le début de l’année.

Or les raisons avancées pour rendre compte de cet effondrement sont peu convaincantes. On invoque l’exposition au pétrole, mais le problème en Europe semble plus circonscrit qu’outre-Atlantique et les banques françaises ont récemment communiqué des chiffres qui sont très rassurants. On évoque aussi le ralentissement de la conjoncture mondiale, mais il ne s’agit pas pour l’instant d’un scénario d’atterrissage brutal et les prévisions pour l’Europe font plutôt état d’une lente reprise.

Comme on pouvait s’y attendre le lobby bancaire a trouvé dans ces sanctions boursières l’occasion de critiquer le durcissement de la réglementation prudentielle : l’augmentation des exigences en fonds propres empêcherait les établissements de dégager la rentabilité requise par le marché. Pourtant de nombreuses études ont montré que l’incidence sur le coût du capital bancaire de ces nouvelles exigences était très limitée et les rapports du Comité de Bâle font état d’une adaptation aux nouvelles normes bien plus rapide que prévu. L’argument est donc insignifiant, et il est d’autant plus déplacé que banquiers et superviseurs se relaient pour affirmer que l’amélioration des ratios de capital et de liquidité a rendu les banques plus stables et résistantes aux chocs.

En revanche, il est vrai que le niveau et surtout la structure des taux d’intérêt posent aux établissements de crédit un sérieux problème de rentabilité. L’activité d’intermédiation est difficilement profitable lorsque les primes de risque et de maturité sont écrasées comme elles le sont.

Il reste que les politiques de taux très bas menées par les banques centrales cherchent à stimuler le crédit ; sortir de ces politiques ne ferait pas plus le bonheur des établissements de crédit. De plus, on peut se demander si la dimension de cette réelle difficulté est à la mesure de l’effondrement boursier que l’on cherche à expliquer.

Ce décalage se comprend mieux lorsque l’on observe les corrélations qui existent entre les cours de banques dont les caractéristiques sont pourtant bien différentes. Car cela prouve que ce que vendent les investisseurs (ce que le marché déprécie), c’est tout un secteur et non des valeurs particulières. Or ce comportement est le signe, si ce n’est la définition, du déclenchement d’un mouvement systémique. Les réactions en chaîne qui en résultent peuvent dégénérer en crise globale. L’apparente surréaction des capitalisations bancaires reflète l’anticipation de cet effet systémique, dont on avait déjà pu apprécier l’ampleur dans l’entrée en crise de 2007-2008.

Sans entrer dans le détail de ces interconnexions opaques et sans frontières, disons qu’elles dépendent pour une bonne part des activités de marché. Ajoutons que leurs conséquences sont d’autant plus graves qu’elles viennent percuter le fonctionnement des activités bancaires traditionnelles. Au fond, une crise financière n’est vraiment destructrice que lorsque les activités de crédit et de gestion des moyens de paiement sont impactées.

C’est pourquoi, peu après le début de la crise, de nombreux observateurs d’origines diverses avaient plaidé pour des réformes structurelles visant à maîtriser ces interconnexions (notamment par séparation des activités). Mais ils n’ont pas réussi à convaincre, ou plutôt à vaincre le pouvoir d’influence du lobby bancaire. De sorte que l’on se retrouve quelque temps après dans un scénario comparable au précédent. Et il ne reste plus qu’à espérer que les turbulences actuelles ne soient qu’un nouvel avertissement sans trop de frais.

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