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Mécano industriel

A picture taken on April 27, 2014 in Levallois-Perret, shows the facade of the French engineering group Alstom's headquarters. German industrial giant Siemens said today it wanted to discuss strategic opportunities with France's Alstom, raising the prospect of a takeover tussle with General Electric for the beleaguered firm. The offer came on the heels of reports that the US giant wants to buy the French engineering group, which manufactures the country's groundbreaking high-speed TGV trains.       AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Bien loin de moi l’idée de prendre position sur le dossier Alstom. Non, mon intention est plus modestement de proposer quelques points de repères à ceux qui s’inquiètent de la vente de nos champions industriels à des sociétés étrangères. Deux éléments doivent ici être pris en compte.

D’abord, nous n’avons absolument pas à rougir dans cette affaire. Dans une note récente de l’institut Bruegel, Nicolas Véron montre que les multinationales françaises sont sur-représentées dans le hit parade des 500 plus grandes entreprises mondiales, au regard du poids de la France dans l’économie du globe. De ce point de vue, notre pays fait nettement mieux que l’Allemagne qui, elle, est sous-représentée. Or, en 1996, la France était sous-représentée selon ce critère. En vingt ans nous avons donc réussi à bâtir des fleurons qui aujourd’hui réussissent très bien dans la mondialisation. Selon les statistiques de la Banque de France, l’internationalisation des entreprises françaises rapporte à notre balance des paiements environ 50 milliards de revenus par an, à comparer aux 20 milliards que payent les filiales françaises d’entreprises étrangères à leurs maisons mères. 50-20=30 : l’activité des multinationales rapporte en net 30 milliards d’euros par an à notre économie, une somme qui compense en grande partie le déficit de notre balance commerciale.

Deuxième élément à prendre en compte : l’impact des investissements étrangers sur l’économie française. Dans un rapport du Conseil d’analyse économique paru en 2010, Lionel Fontagné et Farid Toubal ont estimé l’effet des acquisitions d’entreprises françaises par des groupes étrangers sur le chiffre d’affaires, l’emploi, la productivité, les performances à l’exportation. Ils tiennent compte du fait que les groupes étrangers, pas fous, sélectionnent soigneusement leurs cibles : les entreprises acquises sont plus productives, plus capitalistiques, plus ouvertes que les firmes non rachetées. L’année de l’acquisition, l’emploi dans ces entreprises diminue en moyenne de 6% et la valeur ajoutée de 8%. Mais trois ans plus tard, les effectifs ont augmenté de 27%, la valeur ajoutée de 26%, la productivité de 45%. Seules les exportations ne réagissent pas positivement. Si l’objectif est de développer l’emploi et de redresser la productivité, alors de manière générale il faut faire bon accueil aux investissements étrangers, même si cela ne dispense pas de l’examen au cas par cas.

Finalement, on ne peut à la fois se désoler de la faible attractivité de notre territoire et s’offusquer de voir une grande entreprise américaine investir en France. Certes, conserver en France les centres de décision est important pour la localisation future des investissements. Mais on ne peut s’en tenir à ce seul aspect des choses, le mieux étant souvent, comme on sait, l’ennemi du bien. De grâce, ne rajoutons pas des problèmes là où il n’y en a pas. Le sort d’Alstom n’est ni le problème ni la solution de l’emploi en France. Mais si nous sortons les griffes dès qu’un investisseur étranger se présente, alors oui, nous pourrons craindre durablement pour la croissance et l’emploi.

Chronique diffusée sur France Culture le 15 mai 2014

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