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Milton Friedman : plutôt des déficits que des augmentations d’impôts

Père du monétarisme, Milton Friedman (1912- 2006) a été autant adulé dans les années 1980 que décrié aujourd’hui. Chef de file de l’école de Chicago, on lui prête une influence déterminante dans la révolution conservatrice américaine des années Reagan et dans les politiques « d’ajustement structurel », avec privatisations et recul du rôle de l’État à la clé, prônées alors par le FMI et la Banque mondiale. Chantre du libéralisme, beaucoup de libéraux se démarquent pourtant de ses théories monétaires.

Daniel Vitry,  revisite des extraits de ce pilier du libéralisme.

Milton Friedman, né en 1912, est mort en 1976. Il fut Professeur d’économie à l’Université de Chicago de 1948 à 1977, fondateur de « l’Ecole de Chicago », conseiller des Présidents Nixon puis Reagan. Il est le douzième Prix Nobel d’économie décerné en 1976. Milton Friedman est particulièrement connu pour être le créateur de l’école monétariste et s’opposer aux thèses keynésiennes. Le texte ci-joint est un résumé très dense d’une partie de ses thèses ; profondément opposé aux déficits budgétaires, Milton Friedman préfère cependant les déficits aux augmentations d’impôts. Pourquoi ? Les déficits nécessaires à une action de relance « à la Keynes » sont beaucoup plus faciles à faire accepter que les augmentations d’impôts. L’inflation qui ne manquera pas d’être ainsi déclenchée jouera le même rôle qu’une augmentation d’impôts de façon indolore, mais profondément injuste parce qu’elle pèse plus lourd sur les faibles revenus que sur les revenus élevés. Ceci étant évidemment inacceptable, les déficits le sont aussi.

Les déficits auraient-ils relancé la production et l’emploi ? La réponse de Friedman est négative contrairement au théorème bien connu de l’effet multiplicateur de Keynes. Pour que le théorème  keynésien fonctionne il faut accepter l’hypothèse très conforme à l’intuition que la consommation courante dépend du revenu courant. Les déficits se traduisant par une augmentation de revenu courant, l’effet multiplicateur peut se mettre en place. Friedman pense au contraire que le revenu et la consommation ont chacun une composante permanente et une composante transitoire. La consommation permanente dépend bien du revenu permanent mais la composante transitoire de la consommation n’a aucun lien  stable avec le revenu transitoire. Les déficits se traduisant par des revenus transitoires ; ils ne déclencheront aucun effet  prévisible de façon certaine. Ils sont donc inefficaces.

Ainsi, habilement, Friedman démontre que préférer les déficits aux augmentations d’impôts est une facilité politique dont le résultat économique est vain, l’inflation se chargeant d’en effacer les conséquences. Friedman a défendu un  amendement constitutionnel exigeant du gouvernement fédéral qu’il présente un budget en équilibre. Cet amendement a été voté par le Sénat le 4 août 1982 mais a échoué devant la Chambre des Représentants.

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