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Monnaie time

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Depuis juillet 2012, l’euro s’est apprécié de plus de 10% par rapport au dollar et de 43% par rapport au yen. Plus récemment, il s’est aussi renforcé face aux monnaies des économies émergentes prises dans la tourmente, sans parler de la plongée récente du rouble. À quoi bon baisser les charges sociales si le gain de compétitivité est immédiatement effacé par la hausse de l’euro ? Le 9 février, notre vigoureux Ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a tapé du poing sur la table : « Nous devons ouvrir une bataille politique pour faire baisser l’euro ». Quelques jours plus tard, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a affirmé que « Tout le monde [elle voulait dire tout le gouvernement] partage la position d’Arnaud Montebourg sur ce sujet ». Alors, de quelle bataille politique s’agit-il au juste et quelles sont nos armes pour le combat ?

Écartons tout d’abord les faux prétextes de guerre : (1) l’euro n’est pas à un niveau délirant au regard de sa moyenne historique, si l’on calcule cette moyenne par rapport à l’ensemble de nos partenaires commerciaux et si l’on tient compte de l’évolution des prix dans les différents pays ; (2) le solde extérieur de la zone euro étant assez nettement excédentaire, difficile de convaincre nos partenaires du G20 de la surévaluation de notre monnaie. Alors, pourquoi nos ministres s’inquiètent-ils ? Eh bien tout simplement parce qu’un euro momentanément plus faible apporterait un précieux bol d’air à nos entreprises dans une période de reprise poussive, quitte à ce qu’il remonte lorsque l’économie se portera mieux.

Fort bien. Et les munitions ? C’est là que le bât blesse. Le gouvernement français n’a pas l’arsenal pour mener une bataille qui ne lui appartient pas. L’euro est géré à Francfort où l’on ne fait pas de distinction entre politique monétaire et politique de change. Le Conseil des gouverneurs, qui se réunit aujourd’hui, va se concentrer sur les derniers chiffres de l’inflation publiés par Eurostat et les prévisions pour les mois à venir. La hausse annuelle des prix à la consommation est passée de 1,8% en février 2013 à 0,8% en février 2014. Une décrue inquiétante et hors des clous plantés par la BCE elle-même, dont l’objectif est « une inflation inférieure à, mais proche de 2%, sur le moyen terme ». Face à des prévisions d’un seul pourcent en 2014, la BCE dispose encore de quelques armes ; toutes conduiraient probablement à un affaiblissement temporaire de l’euro. La baisse de l’euro serait d’ailleurs l’un des canaux par lesquels une politique monétaire plus expansionniste soutiendrait l’inflation dans la zone. D’une part, la baisse de l’euro renchérirait les biens importés ; d’autre part, elle soutiendrait la demande adressée aux entreprises.

En bref, la BCE, non le gouvernement français, a des armes et le combat n’est pas illégitime. Mais en quoi ce combat est-il politique, selon les propos du Ministre du redressement productif ? La triste vérité est que c’est l’Allemagne qui politise le débat et met des bâtons dans les roues de la BCE. Le combat politique, pour la France, serait de convaincre l’Allemagne de ne pas porter le débat sur le terrain politique, de ne pas attenter à l’indépendance de la BCE. Un renversement de perspective radical si l’on se souvient des réticences françaises quand il s’est agi d’inscrire cette indépendance dans le traité.

Chronique diffusée sur France Culture le 7 mars 2014

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