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Mutualisme et Coopération : les leviers d’une sortie de crise ?

Commençons par rappeler deux faits bruts qui devraient donner à réfléchir : depuis le début de l’ère chrétienne et la peste antonine de 166 après J.-C., seules quatre pandémies ont eu une ampleur comparable à la crise du Covid, soit une tous les… 400 ans ; par ailleurs, la guerre en Ukraine est la première en Europe depuis près d’un siècle. Face à ces cruelles et gravissimes réalités, bien plus graves que la crise des subprimes, toutes les institutions ont réagi avec plus ou moins de succès : les gouvernements, les armées, les entreprises dites « capitalistes », les syndicats, les collectivités locales…

La place à part du mutualisme

Mais dans le domaine des entreprises, il nous semble que les entreprises mutualistes et coopératives ont une place à part car elles sont particulièrement adaptées, dans leur essence même, à ces périodes de crises et de tensions.

Pour atteindre cet objectif majeur, ces structures doivent de relever quatre défis au moins, défis mis en avant lors des 6èmes Assises de la Coopération et du Mutualisme qui se sont déroulées le 21 mars 2022.

Le premier défi est celui de l’intérêt général. Une non-obsession de la rentabilité et l’inscription de tout projet dans le temps long sont une marque distinctive du mutualisme et de la coopération pouvant nourrir une solidarité accrue qui nous fait tant défaut dans la période actuelle. Viser une rentabilité annuelle de 15 % dans un monde qui croît au mieux à 5 % est un véritable « pousse-au-crime », dont le mutualisme en général nous protège a priori.

Deuxième défi, celui de l’organisation. Là aussi, le principe « 1 homme = 1 voix » et la notion de client sociétaire sont plus que jamais nécessaires aujourd’hui. Encore faut-il faire correspondre la réalité aux principes, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. « Mutu or not mutu », c’est une question que devront se poser toutes – nous disons bien toutes – les structures mutualistes et coopératives le plus vite possible.

Parler d’une voix forte et unie

Troisième défi, celui de la démographie. Le mutualisme et la coopération sont nés au XIXe siècle d’une priorité donnée aux populations fragiles, délaissées par les entreprises « capitalistes », qu’il s’agisse des agriculteurs, des jeunes, des vieux ou des très petites entreprises ; il faut que ces structures retrouvent ou développent ces racines égalitaires. Il serait incompréhensible que mutualistes et coopérateurs ne soient pas en pointe sur l’accompagnement de ces populations particulièrement mises en difficulté par la crise. C’est généralement le cas mais, tant s’en faut, pas toujours.

Enfin, dernier défi, pas le plus visible mais peut-être le plus nécessaire, celui de la communication. Le savoir-faire c’est bien, mais le faire-savoir aussi. A nos yeux, le monde mutualiste et coopératif souffre, dans ce domaine, d’un déficit pas tant interne qu’externe. Il faut parler d’une voix forte et surtout unifiée pour défendre ce modèle partiellement alternatif au modèle dit « capitaliste » auprès des citoyens mais aussi, et peut être plus encore, des politiques. Il faut faire front commun face aux réformes en cours et à venir, sachant que les régulateurs ont souvent un biais qui n’est souvent pas favorable à tout ce qui n’est pas l’entreprise privée capitaliste. Il faut donc se battre pour faire entendre cette voix tierce. En cette période de campagne électorale, cette nécessité est plus impérieuse que jamais.

En cette période de campagne électorale, cette nécessité est plus impérieuse que jamais.

 


 

Thierry Derez est président-directeur général de Covea

Olivier Pastré est membre du Cercle des économistes

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