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Non, contre le chômage on n’a pas tout essayé

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Ce matin débute la deuxième grande conférence sociale du mandat de François Hollande. Pendant deux jours, les partenaires sociaux et les différents ministres en charge vont débroussailler le terrain avant que ne débutent les véritables négociations. Il sera bien sûr question des retraites – un sujet clé pour les finances publiques. Mais le dossier qui préoccupe le plus les Français, c’est plutôt celui de l’emploi. D’après les statistiques du Ministère du travail, le nombre de chômeurs de catégorie A (c’est-à-dire sans aucune activité mais cherchant activement un emploi) s’est accru en moyenne 30 000 par mois en France métropolitaine depuis un an ! Le chiffre monte à 40 000 par mois si l’on considère toutes les catégories de chômeurs. Le taux de chômage dépasse désormais 10%, contre 7% début 2008. Il est de 25% pour les 15-24 ans. Alors, que faire ?

Certains seront tentés de lier le sujet des retraites à celui de l’emploi : comment peut-on demander aux seniors de travailler plus longtemps sachant que 55% des plus de 55 ans n’ont précisément pas d’emploi ? Ne faut-il pas plutôt faire place aux jeunes ? Réaffirmons ici, avec force, que mettre à la retraite les plus âgés n’améliore en rien l’emploi des plus jeunes. Au contraire, ces seniors deviennent une charge pour la société, requérant des moyens et donc des hausses de cotisations sociales qui pèsent sur le coût du travail et donc sur l’embauche… des jeunes. Il faut donc prendre le problème dans l’autre sens : en allongeant la durée de cotisation, on améliore les perspectives d’emploi des quinquagénaires qui ne sont plus considérés comme de vieilles barbes. Leur taux d’emploi s’est d’ailleurs considérablement redressé ces dernières années.

Reconnaissons néanmoins que la réforme des retraites ne résoudra pas le problème de l’emploi. Alors, que faire ? Depuis dix ans, de nombreux rapports ont pointé l’effet délétère de nos contrats de travail, avec d’un côté le CDI protecteur pour le salarié mais anxiogène pour l’employeur, et de l’autre le CDD flexible mais d’utilisation restreinte pour l’employeur et générateur de précarité pour le salarié.

La négociation d’un contrat de travail unique, plus flexible que le CDI mais plus protecteur que le CDD, n’est pas à l’ordre du jour de la conférence sociale. Pourtant, la situation de l’emploi pourrait justifier si ce n’est une réforme, du moins une expérimentation. A une époque où 82% des embauches se font en CDD, les travailleurs n’ont pas grand-chose à perdre de ce côté-là. Pourquoi ne pas libéraliser l’usage du CDD dans certaines branches et pendant une durée définie – disons deux ans – tout en le taxant de manière à inciter les entreprises qui le peuvent à offrir des CDI, et à fournir à Pôle emploi davantage de moyens pour accompagner les demandeurs d’emploi ? Au bout de deux ans, on évaluerait l’efficacité de la mesure en comparant les créations nettes d’emplois selon les branches. Une nouvelle conférence sociale se chargerait alors de réformer ou non le contrat de travail. Il y a 20 ans, le président Mitterrand affirmait dans une interview télévisée : « contre le chômage on a tout essayé ». En réalité, on n’a presque rien essayé. On a parfois réformé, rarement essayé, l’expérimentation ne faisant malheureusement pas partie de notre culture politique.

Chronique diffusée sur France culture le 20 juin 2013

 

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