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Parité : plus d’excuses !


Dans une tribune publiée pour le Cercle des économistes, Marie Eloy revient sur les enjeux du vote à venir de la proposition de loi pour l’égalité économique et professionnelle, dite « Loi Rixain ». Elle y montre que la mixité est un facteur de croissance pour les entreprises et que des objectifs ambitieux sont non seulement nécessaires mais atteignables. Cette tribune est proposée dans le cadre de notre podcast Où va l’éco : « Égalité économique femmes-hommes. Une nouvelle loi pour faire (enfin) changer les choses ? », avec Emmanuelle Auriol et Marie Eloy. Pour écouter le podcast, rendez-vous en bas de l’article !


« Quand on légifère, on trouve des femmes. Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses » réplique avec conviction Christine Lagarde au sujet des quotas. Qu’on soit pour ou contre, tout le monde s’accorde : les quotas fonctionnent. En dix ans, la loi Copé-Zimmermann a permis d’augmenter la place des femmes dans les Conseils d’Administration du SBF 120 de 13% à 46%, promouvant la France au rang de championne de l’égalité au niveau mondial, à l’instar des pays qui ont adopté des mesures similaires.

Toutefois, comme ailleurs, la loi n’a pas eu l’effet « ruissellement » escompté dans les instances dirigeantes opérationnelles, avec une parité qui s’arrête encore aux portes du pouvoir. Sur le même temps, dans les Comex/Codir de ces entreprises, le pourcentage de femmes est passé de 8% à 22%, avec encore plus d’une entreprise sur 10 comptant uniquement des hommes dans leurs instances. A ce rythme, et alors même que 58% des diplômés bac +5 sont des femmes, qu’elles représentent un tiers du vivier de cadres, on estime que l’égalité professionnelle réelle, à tous les échelons, sera atteinte d’ici 135 à 213 ans selon les sources… sauf si on légifère.

« Plus il y a de mixité, plus il y a de croissance »

Adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale puis au Sénat, et actuellement en passage en commission mixte paritaire, la loi Rixain pour accélérer l’égalité professionnelle propose notamment dans son article 7 d’instaurer, dans les entreprises de plus de 1000 salariés, 30% de femmes parmi leurs cadres dirigeants et instances dirigeantes en 2027 et 40%, dans huit ans, en 2030.

Pourquoi est-ce important ? D’abord, parce que c’est juste. Ensuite, parce que c’est le sens de l’Histoire, la société est prête, la loi ne fait qu’entériner la réalité. Enfin, parce que, s’il faut tout de même le justifier, les études sont claires : plus il y a de mixité, plus il y a de croissance, de performance, de rentabilité, de RSE, de mieux vivre ensemble. Un exemple ? 240% de croissance pour les 15 entreprises du CAC40 à l’encadrement le plus féminisé, versus 43% de croissance en moyenne au sein du CAC 40 (SKEMA Business School 2021).

Aujourd’hui, la charge de la preuve devrait peser sur l’uniformité des instances dirigeantes. En quoi l’uniformité est-elle plus vertueuse que la mixité ? Il n’existe évidemment pas un seul argument en ce sens.

Des objectifs atteignables ?

Est-ce atteignable ? Les directions d’entreprise ont l’habitude de fixer des objectifs et des jalons pour les atteindre, surtout quand ils ont un impact fort sur la marque employeur, les résultats, la rétention des talents, les actionnaires et les clients. Cette transformation est certes plus facile pour certaines activités. Pourtant, des entreprises d’un secteur similaire– traditionnellement masculin – peuvent atteindre 40% de collaboratrices au Comex et d’autres 8%, démontrant à la fois l’importance de la volonté des dirigeants et du choix des politiques RH. Toutefois, constituer des viviers prend du temps, il n’existe pas de baguette magique, ni de raccourcis. Il faut s’y prendre dès maintenant. C’est l’intérêt de la loi : se fixer des objectifs dès à présent.

Si les dirigeants sont tous convaincus, souvent, ils ne savent pas comment s’y prendre pour passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats. Plusieurs actions complémentaires sont nécessaires pour sensibiliser en interne et agir concrètement, en accompagnant les collaboratrices à la fois individuellement et collectivement. Les femmes ont également leur part du chemin à réaliser pour développer et assumer leur leadership et leur légitimité. C’est un défi collectif. Les outils existent, les acteurs sont là pour les guider. 135 ans d’attente a minima n’est pas une option pour notre société. Les Comex de demain seront constitués des talents accompagnés aujourd’hui.


 

Marie Eloy est la fondatrice de plusieurs réseaux visant à accélérer l’égalité et promouvoir la place et l’impact des femmes dans l’économie : Femmes des Territoires, Femmes de Bretagne, Bouge ta Boîte et Bouge ton Groupe.

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