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Pétrole, quel prix ?

Alors que le gouvernement tente de désamorcer le mécontentement des Français face à l’augmentation des prix du carburant à la pompe, les cours du pétrole sont l’objet de toutes les attentions. Jean-Marie Chevalier explique pourquoi il est aujourd’hui difficile d’anticiper l’évolution des prix de l’or noir

Les incertitudes sur les évolutions possibles du prix du pétrole n’ont sans doute jamais été aussi nombreuses. Elles sont à la fois économiques, technologiques, financières, géopolitiques et il existe de nombreuses interactions entre ces différents éléments. Un prix élevé du pétrole allège les tensions politiques et sociales dans certains pays producteurs, il tend à modérer la demande dans certains pays alors que dans d’autres pays, la demande est à peu près insensible au prix du pétrole brut.

Le changement majeur sur la scène pétrolière internationale, c’est que  les Etats-Unis sont devenus le plus gros producteur mondial, grâce au développement, plus rapide que prévu, du pétrole et du gaz de schiste. Les trois premiers producteurs, à un niveau de l’ordre de 10 millions de barils/jour, sont ainsi les Etats-Unis, la Russie et  l’Arabie Saoudite. Un accord sur les prix entre ces trois acteurs est-il possible ? Pour les Etats-Unis, un prix élevé du brut, qui, compte tenu d’une faible fiscalité, se répercute fortement sur les produits, est mauvais pour les consommateurs mais il est bon pour les milliers de producteurs de pétrole, notamment pour ceux qui produisent le pétrole de schiste.

Il est toutefois très difficile d’évaluer avec précision l’élasticité aux prix de la production de pétrole et de gaz de schiste. La production continue à augmenter mais la tendance pourrait être brutalement interrompue par une forte baisse des prix ou par des pressions fortes exercées par les défenseurs de l’environnement. Ces deux éléments sont toutefois improbables à court terme.  Pour l’Arabie Saoudite et la Russie, un prix élevé est une quasi nécessité pour leur équilibre macro-financier. Tout ceci tendrait à conforter le niveau actuel : entre 80 et 100 dollars, plutôt vers le bas de la fourchette. Par ailleurs, on peut estimer que, malgré l’affaire Khashoggi, ce journaliste saoudien assassiné en Turquie, les relations entre les Etats-Unis et le royaume saoudien restent très solides et que Ryad serait prêt à agir pour maintenir un prix qui convient à Washington.

Les autres facteurs de détermination du prix sont plus difficiles à analyser. En ce qui concerne la demande, celle de produits pétroliers reste forte du côté des pays en développement, alors qu’elle tend à stagner, voire à se réduire, du côté des pays de l’OCDE, pays parmi lesquels on voit bien apparaître le phénomène de peak demand, c’est à dire l’apparition d’une demande maximale au-delà de laquelle on anticipe des réductions. La demande de produits pétroliers est liée, en partie, à la croissance économique : selon un économiste de la Barclays, si le prix du pétrole monte à 100 dollars et y reste six mois, la croissance mondiale serait amputée de 0,6 point de PIB.

Du côté de l’offre, les incertitudes de type géopolitique, sont nombreuses : certains pays, qui pesaient beaucoup dans les échanges internationaux, sont dans une situation de désorganisation économique : c’est le cas de la Libye, du Venezuela et de l’Iran. Au sujet de l’Iran, il est difficile de savoir quels vont être les effets des sanctions américaines sur le niveau global des exportations et sur le fait de savoir quels seront les acheteurs de pétrole brut qui décideront de braver les menaces américaines.

L’ensemble de ces éléments tend à conforter la fourchette de 80 à 100 dollars pour le prix du pétrole brut, avec des variations à l’intérieur de cette fourchette qui dépendent de l’équilibre instantané entre l’offre et la demande.

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