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Peut-on se passer de la mondialisation ?

La mondialisation, c’est-à-dire l’ouverture et l’intégration croissantes des économies, n’est pas un phénomène en constante progression. L’histoire montre que se sont succédées des phases de mondialisation (exemples :1880-1914, depuis 1970), et des périodes de « démondialisation » ou de fragmentation de l’économie mondiale, spécialement dans les années 1930.

Une certaine fragmentation avait commencé avant le Covid-19 avec la guerre commerciale Etats-Unis/Chine et la préparation du Brexit. Elle est en 2020 accentuée par la pandémie et ses effets économiques. Aujourd’hui, les Etats veulent retrouver un peu de souveraineté. Les impératifs s’imposent un peu partout :  relocalisations, réindustrialisation, patriotisme économique (1).

La fragmentation de l’économie mondiale pourrait continuer, mais elle n’ira pas très loin. Pour plusieurs raisons. Il serait nuisible de céder aux sirènes du protectionnisme et de nier les avantages de la division internationale du travail. Les relocalisations sur le territoire domestique vont concerner un nombre limité d’activités, dont bien sûr la filière santé-médicament, une fraction de la filière automobile,…D’ailleurs, dans plusieurs secteurs, la bonne échelle de  relocalisation est l’Europe plutôt que la nation. Je crois à l’intérêt de GAFA européennes, pas à des GAFA françaises, allemandes,… Sans oublier le numérique qui pousse à la globalisation.

Parce que la mondialisation va, pour l’essentiel, survivre à la crise actuelle, il serait temps de mettre en place une gouvernance mondiale digne de ce nom. Le G20 a été quasiment absent face au Covid. Une bonne nouvelle quand même : l’Amérique de Biden va revenir dans l’Accord de Paris sur le climat. Mais la guerre commerciale Chine/Etats-Unis va se poursuivre. Dans ce contexte, l’Europe doit relancer le G20 et le multilatéralisme. Mais elle ne sera crédible sur la scène mondiale que si elle parvient à améliorer son propre système de gouvernance. On peut toujours rêver !

(1)Ch.de Boissieu et D.Chesneau (dir.), Le patriotisme économique a-t-il un sens aujourd’hui ?,  éditions Maxima, 2020.

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